Après Cosi Fan Tutte, les Noces de Figaro et la Clémence de Titus, René Jacobs continue son parcours des opéras mozartiens avec Don Giovanni, cette fois à la tête du Freiburger Barockorchester.
Représentation retransmise sur Arte hier 6 octobre en direct du Festspielhaus de Baden-Baden.
Distribution complète depuis le site du Festspielhaus.
Conclusion : bilan mitigé. La marque de fabrique de Jacobs, clairement identifiable, comporte des points intéressants mais également des caractéristiques particulièrement irritantes.
Commençons par les petits énervements : Jacobs et son orchestre ont vraiment un TGV à prendre... (j'avais déjà noté cela de la part du du Freiburger Barockorchester à un concert au TCE). Cette manie de tout mener à un tempo d'enfer est vraiment énervante. La tension permanente, presque morbide, si caractéristique de cet opéra n'exige pas que l'on pousse le métronome au dessus des contrôles radars... Le comble du ridicule est dans deux des airs de Zerlina au premier ("Batti, batti, o bel Masetto") et second acte ("Vedrai carino"). Don Giovanni lui-même n'échappe pas à la règle. Le pourtant jeune et vaillant Johannes Weisser n'a presque plus de souffle pour suivre l'orchestre au début du final ("Gia la mensa é preparata"). Incompréhensible...
Terminons par LE point d'intérêt : l'ambivalence de cette version, extrêmement bien vue car tout à fait dans l'esprit de l'écriture du duo Mozart / Da Ponte. Don Giovanni a trop été interprété comme un opéra grave, sérieux, apprêté, comme si ses différents interprètes étaient sous le joug de l'étonnante puissance musicale de l'oeuvre. Jacobs, avec une distribution de jeunes chanteurs, prend le parti pris de l'ironie, d'un humour grinçant, habile alternance entre la gravité (la mort, la violence sont omniprésentes) et le volage, l'inconscience juvénile et l'humour au second degré. Johannes Weisser, avec son regard de faux éberlué à chaque fois que les autres personnages lui mettent en évidence son inconsistance et ses irresponsabilités, est fantastique. Avec une voix bien campée, il joue avec frénésie de cette ambiguïté permanente entre cruauté et insouciance.
Mention toute particulière à Marcus Fink , très articulé, d'une justesse implacable dans Leporello qui, rappelons-le, est (avec Masetto) un des personnages clé du drame.
L'option prise par René Jacobs avec son équipe est pour le coup particulièrement bien vue et donne une lecture crédible et riche de cet opéra. Des costumes prodigieux de Christian Lacroix avec des matières travaillées, colorées et soyeuses ajoutent dignement au mystère des personnages. Sinon les décors sont sans grand intérêt (pas vraiment un problème) et la mise en scène est travaillée un peu "à la Chéreau" avec des personnages en contorsion quasi-permanente et qui ne tiennent pas en place (genre "grands tourmentés de la vie").
Sans ce travers (maintenant caractéristiques des post-baroqueux) d'aller plus vite que la musique, on aurait pu frôler le parfait...
Jacobs avait retenu une approche autrement plus équilibrée sur Cosi fan Tutte et sur les Noces.
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