Notre série "Mozart 250" continue... Cette fois, c'est le grand Christopher Hogwood, éminent chef et musicologue qui se distingue (où vont-ils chercher tout cela ?) en interprétant des pièces pour "clavier" de Mozart sur clavicordes (dont celui ayant appartenu à Mozart et exposé à Salzbourg). Sous le titre énigmatique de "the secret Mozart" (label deutsche harmonia mundi), Christopher Hogwood a en effet enregistré quelques pièces méconnues du cher Wolfgang sur cet instrument devenu un tout petit peu "exotique".
Petit rappel historico-musicologique : le clavicorde était très répandu au XVIII ème siècle comme instrument de salon et régulièrement utilisé par Mozart (comme par la famille Bach, par Haydn ou Beethoven). Il s'agit d'un instrument plus intimiste (pour une raison très simple qui est que sa portée sonore est bien inférieure à celle du clavecin), appoint certainement très répandu à la composition, ou tout au moins à des travaux d'interprétation préliminaires à des exécutions sur clavecin ou piano forte.
Le clavicorde se présente comme une petite caisse à cordes frappées, dont les origines remontraient d'ailleurs au tympanon médiéval (à cordes également frappées). La grande différence est que l'on a abandonné les maillets pour des touches avec les ancêtres de ce que sont les marteaux des pianos modernes.
Ce côté "in between" comme dirait Christopher, se ressent nettement avec la sonorité restituée : cette dernière est en effet un hybride entre harpe / guitare et clavecin / piano forte (l'enregistrement de Christopher Hogwood met tout de même en évidence des nuances de toucher qui s'apparentent aux notions de "piano" et de "forte").
En bref, il n'y a qu'un britannique, avec un légendaire sens du second degré, pour nous épater en nous interprétant ces morceaux dits "intimes" de Mozart sur clavicorde.
Parmi les pièces interprétées, on notera, notamment sur le clavicorde de Wolfgang "soi-même" :
un andantino d'après Gluck (en fait, une transcription du thème "Non vi turbate" de l'opéra Alceste de Gluck), simple mais très subtil et dont les harmonies sont de toute beauté (piste 11),
un "klavierstück" en fa majeur de moins d'une minute, tiré d'une danse populaire, digne d'un air de fête foraine sorti d'un orgue de barbarie (piste 12),
un adagio pour Glass Harmonica (harmonica de verre, instrument qui aurait été inventé par... Benjamin Franklin - voir image ci-contre...) (piste 13) et surtout un morceau intitulé "Lasst uns mit geschlungen Händen", écrit sur deux portées (dont une pour voix) et dont certaines mesures ressemblent étrangement au menuet que jouent les musiciens de salon à la fin du premier acte de Don Giovanni... (notamment avec l'appoint rythmique de Leporello...) (piste 14).
Tout cela donne des sonorités singulières. Christopher Hogwood, comme d'habitude excelle à nous rendre des nuances, sur un instrument pourtant impossible. Ses interprétations sont justes, sincères, avec une petite pointe d'humour quand cela est opportun.
Curiosité indéniable, autant historique que musicale.
Un petit extrait du disque (Allegro en sol mineur K.312) tiré du site sonybmgmasterworks.com.
En tout cas, une très belle occasion d'écouter le grand Hogwood, qui, rappelons-le, a considérablement contribué à défricher le répertoire baroque depuis 25 ans et a mené une splendide aventure avec le label "L'oiseau Lyre" (voir quelques références dans la colonne "Au sommet" de ce blog comme, par exemple, le Stabat Mater de Vivaldi avec James Bowman ou le concerto en do majeur pour violoncelle de Joseph Haydn avec Christophe Coin).
Lien vers le site officiel de Christopher Hogwood.
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