Ouverture d'une nouvelle catégorie sur ce blog : "morceaux choisis".
Sans tomber dans la facilité de ne retenir que des bouts d'oeuvres en négligeant leur globalité, il vous arrive certainement de retenir une aria, une sinfonia, un mouvement d'une sonate, d'un concerto ou d'une symphonie, comme un moment de musique exceptionnel, à part entière, et que l'on emporterait bien sur l'île déserte.
Je propose de commencer par l'Allegro assai du Concerto en sol de Maurice Ravel. La première écoute de ce mouvement m'a vraiment bouleversé et ses harmonies ont quelque chose de surnaturel.
Je savoure actuellement le fait de déchiffrer les trois premières pages de ce mouvement, quand le piano démarre par son long monologue, ponctué par ce rythme à trois temps de la main gauche, aérien et divin (cf. ci-contre une photo de ma partition annotée par ma chère prof de piano). On aurait fait dire à Ravel de ses oeuvres : "ne m'interprétez pas, contentez-vous de me jouer" tant ces dernières sont d'une grande pureté harmonique. Il est vrai que le rubato est hors de propos dans ce concerto. On dépasse les tergiversations des interprétations romantiques pour revenir à une posture nettement plus classique. Les harmonies sont saisissantes d'efficacité. Elles se suffisent à elles-mêmes. Il faut donc jouer très juste, tenter d'entrer le plus humblement possible dans l'intimité de cette pièce sans aucune vanité interprétative. La nuance est principalement dans le toucher, cette sorte de petit rebond sur les touches qui doit conférer un côté aérien aux notes jouées.
Je suis littéralement pris de frissons quand, dans le dernier tiers du mouvement, le hautbois reprend le thème que le piano avait interprété en introduction et que ce dernier l'accompagne d'une trille légère continue.
Ma version de référence restera toujours celle de Martha Argerich et Claudio Abbado
avec le Philharmonique de Berlin (label Deutsche Grammophon), malgré une piètre qualité d'enregistrement . En la réécoutant des dizaines de fois, je suis toujours plongé dans une mélange étonnant de vive émotion et de sérénité. Tout ce que ce concerto a d'irréel, de diaphane dans le second mouvement n'a jamais aussi bien été transcrit par Martha Argerich. Son inspiration dans ce disque est absolue. Le faux détachement de son jeu et son extrême subtilité donnent un côté paradoxalement encore plus prenant à ce concerto.
Lien direct vers le track listing du disque sur le site Deutsche Grammophon. Possibilité d'écouter un cours extrait.
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