Bach JS - Messe en si mineur: Collegium Japan - direction Maasaki Suzuki - label BIS. Le choix d'une grande clarté polyphonique, d'une tension de la ligne plus suggérée par un tempo assez étiré que par de grands effets, la netteté des motifs permettent de revenir à l'essentiel à savoir tout le propos mystique et la transcendance de cette messe.
Le chef japonais a porté un soin particulier à la qualité du choeur, pilier fondamental de cette messe qui, comme pour les Vêpres de la Vierge chez Monteverdi, constitue une forme de synthèse fondamentale de toute la musique sacrée écrite par JS Bach.
Bach: Messe Brèves, BWV 234 & 235: Ensemble Pygmalion Raphaël Pichon aborde ce superbe répertoire des messes brèves avec une ferveur, une générosité impressionnantes tout en ne négligeant pas la tension de la ligne, la précision, la justesse de ton indispensables. La plénitude sonore est également ce qui marque le plus, aussi bien sur la masse orchestrale que sur les chœurs. On est véritablement enveloppé par des sonorités chatoyantes et colorées.
Buxtehude - Cantates : Ricercart Consort - Label Ricercar - Collection Deutsche geisltliche Barockmusick On est d'emblée saisi par le naturel de l'ensemble orchestral et vocal. Cette limpidité s'impose comme une sorte d'évidence. Il n'y a aucune afféterie et les compositions de Buxtehude sont révélées avec une assurance et une musicalité incomparables. Le trait est net, précis, léché. La diction des solistes est parfaite.
Buxtehude Friedrich - Membra Jesu Nostri: Concerto Vocale - Direction René Jacobs L'interprétation du Concerto Vocale est d'une finesse exceptionnelle, avec une rythmique parfaitement maîtrisée. En introduisant une dimension très humaine, et une belle respiration, René Jacobs révèle toute la richesse et les couleurs de l'écriture de Friedrich Buxtehude.
Byrd William : Laudibus in sanctis: The Cardinal's Musick - Andrew Carwood Ecriture aérienne, grande lisibilité, limpidité et élégance des trames harmoniques, telles sont les caractéristiques des compositions du maître anglais. Tout est incroyablement plus chantant et naturel que les compositions flamandes et françaises. Il y a comme une sorte d'évidence une certaine simplicité apparente.
De Profundis : Bach, Bruhns, Buxtehude, Tunder: Ricercar Consort - Philippe Pierlot - Stephan MacLeod (basse) Avec une prise de son subtile et d'un réalisme saisissant, les violes de gambes (dont celle de Philippe Pierlot) et le violon piccolo de François Fernandez, déploient leur grain et leur timbre de toute beauté, avec un tempo qui s'étire pour ajouter à la voix du soliste toute la plasticité qui révèle le mystère des ces œuvres
Des Prez Josquin - Missa Faisant Regretz: The Clerk's Group - Dir. : Edward Wickham L'écriture musicale de Desprez est inouïe de bout en bout. Une rythmique singulière ponctue de façon égale chacune des invocations du Kyrie à l'Agnus Dei final. Le Sanctus & Benedictus de cette messe est certainement un des chefs-d'oeuvre de l'écriture polyphonique et Edward Wickham a pris des options parfaites d'intonation et de coloration vocale.
Dufay Guillaume : Supremum est mortalibus bonum: Ensemble Cantica Symphonia - Direction Giuseppe Maletto Ce dernier volume est surtout à retenir pour une restitution impressionnante de l'un des motets les plus puissants de Guillaume Dufay : Ave Regina Colerum, et, surtout, le dernier, Ave Regina Celorum / Miserere Tui Labentis complètement a cappella et sur lequel l'ensemble Cantica Symphonie imprime une tension extrême. Prodigieux.
Josquin Desprez: Missa Malheur me bat - Missa Fortuna desperata: The Tallis Scholar La version des Tallis Scolars est en effet d'une netteté irréprochable et ne se permet aucune déviation dans le rendu des harmonies, avec un étalonnages parfait des voix. Ce disque est surtout à recommander pour la Missa Fortuna Desperata. Josquin Desprez prend le parti d'une grande plénitude sonore, remplissant l'espace d'une série de mise en accords des différentes voix sur des notes qui se prolongent bien plus qu'à l'habitude. La méthode semble simple mais elle apporte, au milieu des enchevêtrements complexes des voix par imitation, des moments "minimalistes" qui provoquent d'autant plus leurs effets que le contraste est marquant et surtout prolongé.
La Quinta essentia - Palestrina / Lassus / Ashewell: Huelgas-Ensemble - direction Paul Van Nevel - label Harmonia Mundi. Paul Van Nevel conduit son ensemble avec une précision et un sens de la respiration exceptionnels. On tient là l'une des toutes meilleures formations vocales polyphoniques actuelles sur des registres de voix de taille déjà importante (14 voix). L'ensemble restitue un chant d'une finesse et une transparence absolues. Les voix sont parfaitement étalonnées et les messes nous sont restituées avec toute leur grâce et leur luminosité. Les nuances sont dosées avec une finesse extrême.
Madin Henri - Petits Motets: Le Concert Lorrain - Direction Anne-Catherine Bucher - label K617 Ce qui frappe le plus à la première écoute de ces motets est le sentiment de plénitude qu'ils dégagent. Ils sont d'une grande simplicité et ne s'embarrassent d'aucune ornementation qui pourtant était souvent de mise à cette époque, y compris sur la musique sacrée. La beauté de ces motets est en grande partie révélée par le truchement d'une basse continue subtile et parfaitement mesurée mais aussi au travers du phrasé du choeur de femmes.
Marc-Antoine Charpentier - Motets pour le Grand Dauphin: Ensemble Pierre Robert - Direction Frédéric Desenclos L’ensemble Pierre Robert, sous la direction Frédéric Desenclos, propose avec ce disque édité chez Alpha une lecture d’une grande justesse des Motets écrits par Marc-Antoine Charpentier pour le Grand Dauphin.
Dès les toutes premières mesures du motet d’introduction Recatio pro filio Regis, le climat intimiste de ces pièces s’impose comme une évidence, et la belle musicalité des voix (Edwin Crossley-Mercier / basse et Anne Magouët / dessus) retient tout de suite l’attention. L’écriture de Marc-Antoine Charpentier nous renvoie un peu à l’intimisme des concerts spirituels luthériens, avec tout de même une touche toute française dans l’ampleur des phrasés, tant pour les voix que pour l’accompagnement instrumental.
Pergolesi: Messa Romana; Allesandro Scarlatti: Messa per il Santissimo Natale: Concerto Italiano - Rinaldo Alessandrini La messe de Pergolèse confirme le génie de ce compositeur. Flamboyante, majestueuse et prenante de bout en bout, elle annonce indéniablement les grandes messes mozartiennes et... schubertiennes. La messe d'Alessandro Scarlatti quant à elle reste plus ancrée dans la tradition des oeuvres sacrées italiennes du XVIème siècle et notamment Monteverdi auquel on ne peut s'empêcher de penser. Version énergique et intense de Rinaldo Alesandrini à la tête du Concerto Italiano
Roland Lassus: Cantiones Sacrae, Sex Vocum - Collegium Vocale Gent - Philippe Herreweghe: Roland Lassus: Cantiones Sacrae, Sex Vocum Ces motets, écrits pour un effectif à six voix (effectif d'origine de quatre voix avec doublement du cantus et du tenor), constituent une merveilleuse synthèse des différentes inventions expressives qui ont toujours fait le caractère singulier de la polyphonie de Roland de Lassus, par rapport à des contemporains comme le romain Giovanni Pierluigi Palestrina qui, quant à lui, procédait à un déploiement plus linéaire et austère du champ polyphonique. Roland de Lassus avait en effet le génie de ciseler le chant polyphonique en articulant le rythme selon l'évolution du récit. Splendide version du Collegium Vocale de Gent sous la direction inspirée de Philippe Herreweghe
Vespro Della Beata Vergine: Cantus Cölln, direction Konrad Junghänel - Concerto Palatino Sont abordés dans cet album, en majorité Virgilio Mazzocchi, compositeur majeur à la chapelle pontificale de l'Eglise Saint-Pierre de Rome, Giacomo Carissimi, Girolamo Frescobaldi et le maître incontesté de l'école romaine de musique polyphonique, Giovanni Pierluigi da Palestrina. Konrad Jungähnel regroupe des pièces de ces différents compositeurs selon le schéma classique des Vêpres, en ayant extrait de psaumes (Dixit Dominus, le Laudate pueri, le Laetatus sum, le Nisi Dominus, le Lauda Jerusalem, le Salve Regina et le conclusif Magnificat), tous composées par Mazzocchi. Les pièces de Mazzocchi révèlent une grandeur et majesté indéniables. Elles atteignent parfois un splendide niveau d'élévation particulièrement bien mis en valeur par le chant d'une justesse remarquable des huit interprètes vocaux du Cantus Kölln.
Cavalli Francesco - Gli Amori d'Apollo e di Dafne: Ensemble Elyma - Dir. Gabriel Garrido Tout comme le maître de Mantoue, Cavalli révèle un art particulièrement achevé de l'expression lyrique.
Gli amori d'Apollo e di Dafne Cavalli Ce qui marque le plus à l'écoute de cet opéra est un mélange subtil de raffinement et de simplicité dans la composition. Les arias traduisent une légèreté et des couleurs qui confèrent à cette oeuvre une dimension poétique certaine sans aucune mièvrerie, sans aucun archaïsme. Le style direct, lumineux et spontané imprimé par la direction de Gabriel Garrido, fin connaisseur de ce répertoire, est particulièrement approprié.
Gabriela Montero - Bach & Beyond Gabriela Montero métamorphose des pièces bien connues de Bach pour leur faire côtoyer des univers insoupçonnables grâce à ses dons uniques d'improvisation.
Codex Caioni: Xviii-21 Le Baroque Nomade Jean-Christophe Frisch et son ensemble XVIII-21 continuent leur singulier itinéraire baroque nomade avec cette fois le Codex Caioni. Johannes Caioni est un organiste du XVIIème siècle, originaire de Transylvanie, et officiant dans un monastère franciscain. Compositeur, facteur d'orgue, ce premier musicien roumain dont les talents sont reconnus en Europe, a construit au fil des ans un Codex, recueil d'œuvres originales mais aussi transcriptions, copies de compositions, dont une partie provenait des musiciens vénitiens, particulièrement influents en Europe centrale.
Faventina: musique liturgique du Codex Faenza 117: Mala Punica - Direction Pedro Memelsdorff L'interprétation inspirée et engagée de Mala Punica nous révèle tout le mystère de ces pièces inclassables dans notre référentiel musical. On se trouve plongé dans un monde extraordinaire et qui nous pousse à penser que la musique médiévale tardive était certainement d'une bien plus grande richesse harmonique que l'on pouvait l'imaginer.
Après l'enregistrement de messes brèves de JS Bach, d'une plénitude rare (cf. note du 18 octobre 2008), l'Ensemble Pygmalion, sous la direction de Raphaël Pichon, a abordé avec brio un répertoire délicat lors de son dernier concert du 17 mars à l'Eglise des Blancs-Manteaux. Le programme comprenait, sous le thème "Ode Funèbre", une série de compositions sacrées de maîtres de l'école luthérienne allemande du XVIIème siècle.
En introduction du concert, l'ensemble vocal du groupe interprète une courte pièce a cappella pour cinq voix de Heinrich Schütz, tirée des "Geitlische Chormusik" (Selig sind die toten). Rien de funèbre dans cette pièce. Simplement la sensation d'un recueillement extrême, restituée avec sobriété. La richesse harmonique de cette pièce ressort alors avec une belle ampleur. On retrouve d'emblée ce qui fait déjà le style de Raphaël Pichon, dont la maturité musicale est vraiment exemplaire, à savoir la recherche d'une certaine densité des timbres, d'une belle plénitude sonore.
Vient ensuite une cantate pour basse de Dietrich Buxtehude (BUXWV 34 - Gott, hilf mir) où ce style très caractéristique du maître de Lübeck est bien restitué : raffinement de la ligne mélodique, ferveur allant crescendo mais restant maîtrisée. On retrouve bien comment les compositeurs de l'Allemagne luthérienne se sont appropriés la richesse harmonique et le style concertant italiens pour les recentrer sur l'homme, avec une lecture plus intimiste et où on oppose volontiers un certain sens des dégradés, du fondu aux contrastes et aux couleurs saturées de la musique italienne.
Le plus beau moment du concert est alors l'interprétation d'une magnifique cantate-madrigal de Nikolaus Bruhns, élève de Buxtehude. Raphaël Pichon apporte le mordant souhaité dans les attaques, les couleurs italianisantes volontairement restituées par Bruhns (d'où le titre de cantate-madrigal pour cette oeuvre). Cette cantate est lumineuse, d'une belle ampleur. L'aria pour alto ressemble à s'y méprendre à un passage du VIIIème Livre de Madrigaux de Monteverdi !
Le concert se prolonge par une pièce de Christoph Bernhard, pour dix voix et basse continue, suivie de deux superbes complaintes de Dietrich Buxtehude, dont un lamento interprété avec ferveur et conviction par Juliette Perret. J'ai particulièrement été marqué par le superbe contrapuntus "Mit Fried und Freud ich fahr dahin" dont le caractère épuré rappelle les plus belles œuvres polyphoniques de la Renaissance. Le programme se termine avec l'équivalent d'un concert spirituel schützien, revisité par Buxtehude, pour cinq voix, deux violes et basse continue où l'ensemble Pygmalion poursuite sa lecture subtile restituant toute la plasticité des compositions de celui qui aura certainement le plus influencé JS Bach.
Superbe concert révélant, sur un programme exigeant et qui aurait pu pêcher par excès d'austérité, la maturité musicale exceptionnelle de cet ensemble avec une lecture cohérente, homogène, conservant de bout en bout la bonne tension de la ligne sur la basse continue, exploitant les bons ressorts rythmiques afin de révéler toute l'intensité et la subtilité de ces œuvres. Raphaël Pichon apporte dans son jeu de belles couleurs, de la dynamique, tout en conservant une réelle élégance.
Cet ensemble est à suivre avec attention car il nous réserve certainement d'autres excellentes surprises.
Le site Europeana, encore en bêta test, archive près de 2 millions d'items numériques, qu'il s'agisse de photos, de textes, manuscrits, pistes audios, vidéos. La vocation de ce site semble être de tenter de référencer des éléments représentatifs du patrimoine culturel européen.
Ce projet, lancé en novembre 2008, a été initié par la Commission Européenne.
Si vous saisissez par exemple les noms de grands compositeurs, vous pouvez par exemple visionner les scans de pages manuscrites, qu'il s'agisse de partitions ou de correspondances. La liste des partenaires et contributeurs est impressionnante et le projet semble assez séduisant. Elle comprend notamment de grans musées européens.
Vous pouvez constituer votre propre espace "My Europeana" pour archiver, classer les items correspondant par exemple à un thème de recherche.
Après un assaut par les internautes rendant le suite inaccessible, il est possible désormais de l'utiliser sereinement.
L'équipe de la Fondation Orange m'a proposé de contribuer à faire connaître les jeunes artistes qu'elle soutient. Elle a eu la gentillesse de référencer mon blog sur celui de la Fondation Orange, avec comme introduction, une note comprenant une interview à laquelle j'ai répondu avec plaisir en tentant d'être le plus précis et sincère possible.
Je serai amené à poster des chroniques sur des concerts ou des disques soutenus par la Fondation sur le blog du Poisson Rêveur et qui seront relayées par le blog de la Fondation Orange. J'espère avoir également l'occasion d'interviewer des artistes soutenus par la Fondation et vous faire partager ces rencontres.
Comme promis dans la note du 14 mars, ce post regroupe trois billets rédigés sur des pièces spécifiques de Henry Purcell, dont une de votre serviteur. Je vous souhaite une bonne lecture et remercie à nouveau Ariana et Jean-Christophe pour leur précieuse contribution.
Purcell or Let me Freeze Again... D’un Génie du Froid à Didon
Pourquoi ces pièces ? Parce qu’elles cristallisent ce en quoi le compositeur excelle. A savoir à une époque où, certes, l’harmonie semble contre toute attente de l’héritage musical en vogue l’emporter sur le contrepoint, Henry Purcell se démarque encore dans ses compositions par une audace et un sens de l’inventivité hors pairs. Il est au-delà des genres que, pourtant, il contribue à générer de fait. Ce pourquoi dire Purcell est aussi déjà dire en quelque sorte Britten, ce qui n’est pas là pur hasard.
La voix et l’âme.
Qui n’a jamais été saisi, frappé, happé, suspendu par l’air intelligemment et talentueusement spasmodique du Génie du Froid ou la douloureuse Renaissance dans son mouvement d’agonie de la Lamentation de Didon?
Chez Purcell, il s’agit de se laisser porter et aller jusqu’à toucher l’être d’un personnage mû par l’âme qui le caractérise. De manière absolument et résolument moderne, contemporaine même peut-être, nous avons là un traitement des personnages bien en précession sur toute une tradition lyrique à venir en ce sens, que déjà, l’alliance superbe du texte et de la musique préside à la première impulsion de composition.
Le Masque : Un Génie du Froid qui nous transit depuis une base tonale qui dissimule son flou sous une apparente limpidité afin de mieux déstabiliser l’oreille de l’auditeur. Base tonale aux (dés)accords puissamment tangents, sciemment grinçants, risoluto ostinato, préparant la survenue de l’expression intimidante de grelots de ce Gel Divin. Troublantes, douloureuses craquelures exprimées, exposées non pas tant de glace, que de piquant, expression absolue elle-même, aux portes symboliques de l’expressionnisme le plus inattendu en cette occurrence.
Ecoutez sa voix de basse, relief elle-même de cet ostinato récurrent, obsessionnel, fondement s’il en est du trouble purcellien par définition, se détacher pour mieux se renouer en le dessin sinueux d’une courbe incroyablement intuitivement sensée et sentie par le compositeur et vous serez pénétrés de ce qui fait, ce qu’est ce Froid malin sans perniciosité aucune cependant, autant qu’il se dévoile pétrifié de lui-même dans ses hachés soigneusement élaborés..
L’Âme : Des œuvres diverses quoique non si variées d’inspiration et de formes préférées, une se détache par son statut singulier, l’opéra Didon et Enée.
Voici l’exemple même de « l’opera assoluta » dans le sens où s’il est le seul opéra à proprement parler sur l’ensemble de la production d’Henry Purcell, il l’est de bout en bout et ce non seulement au vu des canons de l’époque, mais surtout bien au-delà. Dido and Aenas, c’est la première rencontre de manière que l’on pourrait dire plus ou moins directe d’une perspective strictement musicologique, du texte et de la musique ou encore de la musique et du texte. Une œuvre d’une incroyable richesse et d’une terrible efficacité alors même que nous sommes loin des romantiques et fondements post-wagnériens en la matière.
Le point d’acmé de l’œuvre est sans doute permis la célèbre, à très juste titre, Mort de Didon. Il s’agit d’une lamentation stricto sensu, c’est-à-dire avec ses échelles descendantes de demi-tons certes, mais aussi d’un Chant Pur de Mort d’un être qui se réconcilie alors avec son âme. Ce tour de force plus qu’inédit à cette époque (1689), inattendu, tient de la formidable intuition servie par une grande habileté de technique compositionnelle, de Purcell d’établir l’assise de l’air déclamatoire sur la non-rencontre apparente, ou alors circonstancielle, d’un ostinato aux basses et de la mélodie chantée à la voix comme « au-dessus » de sa base !
La révolution, car il faut ici oser le terme, vient de ce formidable et savant décalage d’intentionalités. Didon chante la mort de son corps voué à un destin inane, affirmant par là sa renaissance en son être pétri de (plus ?) hautes aspirations. Le jeu de l’ostinato à la voix et réciproquement ne donne rien de moins que la mouvance d’un jeu transcendantal du sujet qui l’énonce. Enfin, parce qu’il faut bien finir par dire l’essentiel, ce chant là, moins pectaculaire et pourtant si tragique, est d’une profonde, grande tout autant qu’intime, Beauté.
On a peine à croire qu’il s’agit ici de l’œuvre d’un compositeur de vingt ans. Pourtant, c’est à peu près cet âge que doit avoir Henry Purcell lorsqu’il note, à la fin du printemps et durant l’été 1680, ses Fantaisies pour les violes, préservées dans un manuscrit autographe conservé aujourd’hui au British Museum de Londres, source unique heureusement parvenue jusqu’à nous.
Si l’on se replace dans le contexte historique de leur composition, ces œuvres constituent, au sens propre du terme, une aberration. Depuis la Restauration monarchique de 1660, le paysage musical anglais connaît, en effet, des bouleversements profonds. La musique pour consort de violes, qui, durant un siècle, a connu une incroyable floraison en Angleterre et a été illustrée par les musiciens les plus célèbres, Byrd, Gibbons ou Lawes pour n’en citer que trois, s’efface assez rapidement du devant de la scène pour céder la place à ces « produits d’importation » en provenance d’Italie et de France que sont le violon et la Suite de danses. Charles II, en effet, « avait une détestation profonde pour les Fantaisies et préférait la musique sur laquelle il pouvait battre la mesure », si l’on en croit l’écrivain Roger North, et, choix du roi oblige, les suites-fantaisies du Broken Consort de Matthew Locke (c.1621-1677), composées vers 1661, seront donc le dernier recueil d’un genre où les compositeurs s’autorisaient des expérimentations sonores parfois osées, notamment dans l’usage des dissonances, même si, chez Locke, ce caractère aventureux est déjà largement tempéré par la primauté accordée au charme mélodique sur l’élaboration contrapuntique.
Avec les Fantaisies de Purcell, on bascule dans un univers radicalement différent, pour ne pas dire opposé. Tout d’abord, sur les quinze compositions que nous transmet le manuscrit, seules cinq sont dans le mode majeur, les autres se partageant entre en sol (4), ré (3), la (1), mi (1) et ut (1) mineurs, ce qui, si l’on considère ces pièces comme un tout, incline l’ensemble vers des teintes sombres, très loin de l’univers plutôt lumineux de Locke.
Ensuite, le contrepoint y est omniprésent, et il est élaboré et utilisé avec une aisance absolument confondante qui n’est pas sans évoquer parfois, comme l’ont relevé maints commentateurs, L’Art de la Fugue de Johann Sebastian Bach, écrit, rappelons-le, par un homme qui approchait de la soixantaine. Faut-il, pour autant, tenir ces Fantaisies pour de simples exercices de style ? Absolument pas, car la maîtrise de la technique y est toute entière au service d’une émotion prégnante, qui voit alterner épisodes fiévreux (Fantaisie n°4), inspiration populaire (Fantaisie n°5), mélancolie déchirante (Fantaisie n°7) et instants de douceur (Fantaisie sur une note). Soulignons enfin que l’usage que fait Purcell des dissonances, des retards, des syncopes, de l’instabilité tonale (seize tonalités différentes, par exemple, en une vingtaine de mesures seulement dans la Fantaisie n°12 !) donne un caractère souvent âpre, mais également insaisissable et diapré, à ces œuvres dont bien des audaces d’écriture feraient pâlir d’envie les plus contemporains de nos compositeurs.
Le 24 février 1683, deux ans et demi après avoir terminé la Fantaisie n°12, Purcell reprend son manuscrit et commence à noter une Fantaisie en la mineur. Il pose la plume au bout de 31 mesures ; il ne reviendra plus à ce cahier, laissant l’œuvre inachevée. A-t-il eu subitement conscience d’avoir exploité toutes les possibilités techniques et expressives offertes par la musique pour consort ? D’autres projets ont-ils alors requis son attention, le contraignant à abandonner ce travail ? Il est impossible de répondre à ces questions, mais ce qui demeure certain, c’est que l’Orpheus Britannicus ne se faisait aucune illusion sur l’accueil que recevraient ses Fantaisies, achèvement miraculeux d’un genre qui sonne également comme un congé définitif adressé au vieux et brillant monde de la Renaissance : demeurées manuscrites, elles ne furent, en effet, éditées qu’en 1927.
Henry Purcell (c.1659 ?-1695), Fantaisies pour les violes, 1680.
Henry Purcell m'a d'emblée touché par l'élégance et le raffinement de ses compositions. Je suis entré dans son univers via un parcours on ne peut plus classique : Didon et Enée (avec une version magnifique des Arts Florissants sous la Direction de William Christie sortie en 1986, avec Guillemette Laurens et Jill Feldman), puis The Indian Queen (version de John-Eliot Gardiner), La Musique pour les Funérailles de la Reine Mary , Le Roi Arthur, Music for a While et autres chansons interprétées par Alfred Deller, les odes de toutes sortes dont le chef d’œuvre « Hail ! Bright Cecilia » ou le splendide Tedeum & Jubilate.
Le choc a tout de même été pour son semi-opéra la Reine des Fées (the Fairy Queen), que j'ai dégusté lors de deux belles nuits d’août 1998. Sous la direction de John Eliot Gardiner, the English Baroque Soilists et le sublime Monteverdi Choir m'ont fourni cette occasion inoubliable de pénétrer l'univers poétique de Purcell. Cette adaptation du Songe d'une Nuit d'Eté de William Shakespeare déploie sur près de deux heures un univers dont la féérie envoutante vous enveloppe et vous renvoie à la sensation troublante de visiter un Paradis perdu. Cet opéra décline avec une subtilité extrême les diverses émotions les plus profondes et renvoie aux interrogations les plus universelles.
Le moment où la magie opère certainement le plus est incontestablement l’arrivée successive des quatre figures allégoriques dès le premier acte : la Nuit, le Mystère, le Secret et le Sommeil. L’introduction en fugue des violons sur l’air de la Nuit me provoque littéralement des frissons, instaurant en tension qui renvoie aux angoissantes interrogations face à l’obscurité de la nuit profonde. La voix de soprano incarnant la Nuit déploie alors son lamento, vibrant et désespéré. Le Mystère arrive ensuite, apportant paradoxalement la lumière, sur un air très bref (guère plus d’une minute), incarné quant à lui par une voix de soprano que John Eliot Gardiner a choisi plus claire et lumineuse. Le Secret apparaît aussitôt, sous la voix d’un contre-ténor, avec un chant dont les mélismes sont soutenus par un duo de flûte. Cette aria, cadencée par un rythme assez marqué à deux temps, prend l’allure d’une danse élégante et badine. Le Sommeil vient ponctuer l’apparition des figures allégoriques, avec une voix de basse feutrée et qui semble chuchoter son texte pour laisser la place au chœur dont le recueillement et la retenue sont extrêmes afin d’exprimer avec une ampleur saisissante cet assoupissement divin. Une danse des suivants de la Nuit réexpose le motif principal de l’air du Sommeil pour accompagner le jeu scénique certainement prévu et visant à représenter la disparition progressive des quatre figures allégoriques.
Enfin, la fameuse complainte de Titania « O let me weep », au début du cinquième acte n’a pas été sans me rappeler l’aria célèbre de la mort de Didon. Ces deux arias où Purcell reprend de façon revisitée le style du lamento italien qu’il maîtrisait parfaitement, résument aussi à merveille le génie de Purcell, à savoir cette capacité à représenter, avec une délicatesse extrême les différents sentiments, les humeurs variables du caractère humain.
Claude Hermann dans sa biographie récente sur Henry Purcell (éditions Actes Sud) résume à merveille à la fin de son deuxième chapitre (page 47) la plasticité unique de la musique du compositeur anglais : « … pardessus tout, celui que l’on a surnommé l’Orphée britannique sut insuffler à la musique une force vitale et une vérité affective inaltérables. Si l’on sait exprimer avec tant de justesse et aussi peu de complaisance le désarroi devant les grandes interrogations humaines, il doit être facile ensuite de restituer avec la même vérité l’allégresse la plus folle, l’insouciance la plus légère, les beautés de la nature, les mystères du sommeil, les délices et les affres de l’amour, la sensualité, les crudité de la vie, la gloire de Dieu ou l’amour de la patrie. Toutes choses que Purcell excella plus que tout autre compositeur baroque à représenter. ».
Pour tout extrait issu de cet enregistrement, je vous propose l’un des airs les plus représentatifs de cette élégance "purcellienne", le duo «If Love’s a Sweet Passion » accompagné du chœur (interprété par Jennifer Smith, soprano et Stephen Varcoe, basse).
J’ai une certaine bienveillance à l’égard du contre-ténor David Daniels, qui m’avait particulièrement ému lors d’un récital au Théâtre des Champs-Elysées avec Magdalena Kožená il y a un peu plus de trois ans.
Il vient de se lancer, pour Virgin classics, dans une expérience assez aventureuse qui consiste à sélectionner quelques arias emblématiques pour alto écrites par JS Bach au sein de son vaste corpus de musique sacrée, accompagné pour cela par Harry Bicket à la direction de « The English Concert ».
Cette année 2009 fête les 350 ans de l'anniversaire du compositeur Henry Purcell. il est dommage qu'y compris au XXIème siècle, alors que l'on a considérablement développé l'interprétation des musiciens du XVIIème siècle, on ne produise pratiquement jamais ce grand compositeur en dehors du Royaume Uni, son territoire d'origine, sous prétexte que sa musique vocale était complètement écrite pour la prosodie anglaise.
Et alors ? Malheureusement, que ce soit William Christie avec les Arts Florissants (certes américain) ou John Eliot Gardiner avec notamment son merveilleux Monteverdi Choir, les ensembles dont les chefs ont pourtant une culture anglo-saxonne nous distillent du Purcell au compte goutte depuis quelques années.
Je vous propose, à l'échelle très modeste du Poisson Rêveur, de tenter de faire sortir ce compositeur qui m'est très cher du "purgatoire" en consacrant çà et là quelques notes sur des œuvres / interprétations qui m'ont marqué et que je suis heureux de partager avec vous. N'hésitez pas à contribuer via vos commentaire et vos notes pour enrichir ce petit panorama. Je prépare également une petite surprise avec deux blogs qui ont amicalement accepté de contribuer (Le Jardin Baroque et Le Geste et la Voix) et vous en saurez plus d'ici quelques jours.
Le nom de cette nouvelle catégorie sera Purcell 350.
Philippe Herreweghe signe, avec l'ensemble du Collegium Vocale de
Gent, l'un des plus beaux enregistrements de ces derniers mois,
sur un répertoire de compositions polyphoniques passionnantes. Il
s'agit des Cantiones Sacrae sex vocum, composées à la fin de sa vie par Roland de Lassus.
Ces motets, écrits pour un effectif
à six voix (effectif d'origine de quatre voix avec doublement du cantus
et du tenor), constituent une merveilleuse synthèse des différentes
inventions expressives qui ont toujours fait le caractère singulier de
la polyphonie de Roland de Lassus, par rapport à des contemporains
comme le romain Giovanni Pierluigi Palestrina qui, quant à lui, procédait à un déploiement plus linéaire et austère du champ polyphonique. Roland de Lassus avait
en effet le génie de ciseler le chant polyphonique en articulant le rythme selon l'évolution du récit.
Les 14 motets qui constituent ce
corpus, relèvent du même schéma, même si le maître, arrivant au terme
de sa création et pressentant la mort, démontre moins d'audaces
rythmiques et harmoniques, pour rechercher une certaine épure. La
plupart de ces motets s'adossent à des textes sacrés, pour la plupart
de l'Ancien Testament. Les motifs sont souvent initiés par un groupe de
voix, repris ensuite en contrepoint, par imitation, par un autre groupe
de voix pour conduire à cette forme de "tuilage" caractéristique du
schéma polyphonique traditionnel. Toutefois, après avoir conduit les
différents groupes de voix à suivre un schéma autrement plus complexe
au fil du déroulement du texte, il les fait converger en accord par une
magie fascinante à certains moments qui viennent ponctuer le texte.
La
plupart de ces motets sont très aériens, portés par l'ampleur sonore
singulière que procure un groupe de huit chanteurs (Philippe Herreweghe
a opté pour une configuration doublant chacun des registres : Cantus,
Alto, Tenor, Basse).
Philippe Herreweghe procède à une lecture
d'une pureté et d'une transparence inouïes, avec une sobriété qui ne
rime absolument pas avec la moindre austérité. Dans chacun de ces motets, Roland de Lassus révèle des climats très différents mais dont les couleurs sont déployées avec
une délicatesse extrême. La cohérence et l'homogénéité du groupe de
huit chanteurs du Collegium Vocale de Gent permet de savourer les
moindres détails de ce subtil déploiement sur chacune des pièces exécutées. L'excellente qualité d'enregistrement vient ajouter une véracité saisissante avec la possibilité de savourer
pleinement la plénitude sonore et les respirations de chacune de ces
pièces.
Chaque motet est un véritable chef d'œuvre. Le niveau de recueillement
qu'ils incarnent pour la plupart est extrême. C'est particulièrement le
cas pour le Prolongati sunt dies mei, qui traduit de façon émouvante
les douleurs et la lassitude de Roland de Lassus, affrontant une
vieillesse qui chaque jour lui annonce l'inéluctable chemin vers la
mort. L'Ad Dominum cum tribularer est saisissant par ses audaces
harmoniques et son caractère presque madrigal. Les "traits aigus du
guerrier, les charbons ardents du genêt" sont traduits par une ligne
mélodique acérée et d'une dynamique incroyable. Le Vidi calumnias quae sub sole gerentur
démarre avec presque toutes les voix en accord pour inonder l'espace
sonore de leur rayonnement divin. Enfin, Roland de Lassus apporte une
lumière éblouissante avec le Baetus homo, traduisant, avec les voix à
l'unisson, la béatitude tant recherchée. Le Diligam te, Domine, avec ses dissonances et ses frictions harmoniques, emporte littéralement l'auditeur dans un vertige particulièrement troublant.
Ce disque est magnifique. Philippe Herreweghe, avec un travail
minutieux, précis et d'une finesse exceptionnelle, nous révèle toute la
force de ces pièces avec une évidence époustouflante.
Ce violoniste, dont je garderai le souvenir inoubliable d'un jeu d'une plénitude et d'une générosité sans égal, avec ce son lumineux, solaire, ces attaques franches et d'une densité rare, est abordé dans ce film de 75 minutes au travers d'interviews d'autres grands musiciens russes qui l'ont côtoyé comme Yehudi Menuhin, Mstislav Rostropovitch ou Guennadi Rojdestvenski. Avec une grande affection et une admiration certaine, un de ses élèves, l'excellent violoniste letton Gidon Kremer, apporte également son témoignage.
Le reportage aborde, notamment, la question de l'engagement de David Oïstrakh pour son pays, qui ne pouvait, à son époque, qu'être synonyme de soumission inconditionnelle au parti et son "système" pour reprendre le terme de Rojdestvenski. Véritable musicien dans l'âme, plus que pur virtuose, David Oïstrakh vouera avec sincérité et loyauté, une reconnaissance infinie à sa patrie pour lui avoir permis de se hisser parmi les plus grands violonistes de son époque. Le fait qu'en assumant son statut de musicien russe il ait été contraint d'adhérer au parti quand ce dernier était incarné par le régime stalinien, est une prise de position finalement acceptée, y compris par les musiciens qui avaient, quant à eux, pris l'exil pour le monde occidental, comme Yehudi Menuhin. La citation de Yehudi Menuhin, reprise en exergue du DVD, transcrit bien cette problématique : "Sa loyauté était telle que, alors que je lui ai souvent suggéré de s'installer à l'Ouest car ça aurait été facile, il disait "Non, je dois à ce régime, malgré ses crimes, mon existence, mon éducation musicale. Je reste fidèle à la Russie, au pays, au peuple, quel que soit le pouvoir." Il aurait fait pareil avec le tsar".
La façon dont ce dernier parle de David Oïstrakh, même si l'on sent bien qu'il n'aurait jamais accepté de courber l'échine sous un régime totalitaire pour exercer son art, montre tout de même une certaine admiration pour David Oïstrakh, homme sincère, intègre dont l'objectif absolu a toujours de servir la musique.
Le titre du reportage est, "David Oïstrakh, musicien du Peuple ?". Ce point d'interrogation résume tout le questionnement que l'on peut avoir sur le rôle social ou politique que ce grand violoniste aurait joué, "malgré lui".
Même si ce questionnement est essentiel, il ne doit pas occulter le fait que comme tout soviétique, David Oïstrakh, a vécu au jour le jour la terreur du régime. Il n'en n'a certainement pas autant souffert que Chostakovitch, mais le témoignage de Rostropovitch sur les angoisses quotidiennes de David Oïstrakh face à la menace permanente de milices staliniennes est à ce propose édifiant. Enfin, David Oïstrakh avait aussi son franc parler, y compris à l'égard des plus hautes autorités du pouvoir stalinien, notamment à propos des procès d'intention incessants qui lui étaient faits quand il se produisait en concert en Occident avec Yehudi Menuhin.
Pour revenir à ce qui doit être l'essence d'un tel reportage, à savoir la musique, qui a été la vie de David Oïstrakh dès son plus jeune âge, on notera quelques moments forts. Le premier est justement le trop court extrait du mouvement du concerto pour deux violons de JS Bach en ré mineur où David Oïstrakh et Yehudi Menuhin constituent un duo particulièrement fusionnel et dont la complicité, l'écoute mutuelle, l'union sont d'une intensité particulièrement émouvante. J'ai été également saisi par l'éclat, la force exceptionnelle de la saisissante cadence qui suit l'Andante du 1er concerto pour violon en la mineur de Chostakovitch. David Oïstrakh subjugue littéralement l'auditeur avec ce violon qui devient comme un cri de douleur absolu dans la nuit.
Ce grand violoniste ressort encore plus attachant de ce reportage qui donne vraiment envie de le réécouter sur le vaste répertoire qu'il a couvert. Malheureusement desservi par des enregistrements de qualité souvent médiocre, on reste frustré de ne jamais avoir eu vraiment l'occasion d'écouter le vrai son de son violon dont la plénitude est si saisissante.
Je vous propose ces vidéos, tirées de Youtube et illustrant les moments forts que j'évoque dans cette note :
Le premier est l'extrait du mouvement lent du concerto pour deux violons de JS Bach en ré mineur BWV 1043 (Largo ma non tanto), vibrant duo de David Oïstrakh avec Yehudi Menuhin. J'ignore qui est le chef accompagnant les deux solistes. Une version au disque existe avec Alexander Orlov à la tête de l'Orchestre Symphonique de l'Etat de Russie.
L'autre vidéo diffuse quant à elle l'intégralité de la cadence du 1er concerto de Chostakovitch. Il s'agit de la version avec Heinz Fricke, à la direction de la Staastskapelle de Berlin. Sinon, je recommande l'étincelante version que David Oïstrakh a enregistrée avec Guennadi Rojdestvenski à la tête du Philarmonia Orchestra (enregistrement de 1962, disponible sous le label BBC Legends / IMG Artists).
David Oïstrakh, Artiste du Peuple ? - Film de Bruno Monsaingeon - DVD Medici Arts. DVD réalisé avec le soutien de la FONDATION ORANGE, d'ARTE et du CNC.
Le site ECRANS du journal Libération permet de découvrir des sites Internet qui sortent des sentiers battus. L'un des dernier dénichés sur la toile par Astrid Girardeau, rédactrice sur le site ECRANS est le site p22.com/musicfont. Ce site vous permet de saisir un texte. Il se charge alors de traduire votre texte en musique en l'inscrivant sur une partition. Vous pouvez ensuite imprimer la partition si vous désirez la jouer vous même par exemple au piano.
Le projet résulte des travaux expérimentaux de John Cage et Marcel Duchamp, consistant à associer à chaque lettre une note de la portée. Cette expérience est tout à fait comparable aux expériences d'écriture automatique des surréalistes.
Selon votre tempérament, vous jugerez donc ce site soit parfaitement incongru, soit chargé d'une poésie rare sur le Web. Vous pouvez également paramétrer le nombre de battements par minute et choisir le type d'instrument que vous désirez "jouer". Un fichier au format midi est également automatiquement généré et peut être réutiliser pour être activé, par exemple, sur un piano numérique.
Mercredi 4 mars - 20h - Salle Pleyel :Gustav Mahler: Lieder eines fahrenden Gesellen, Symphonie n° 5 - Orchestre de Paris - Christoph Eschenbach : direction - Dietrich Henschel : baryton. Si vous avez lu ce que j'ai déjà écrit à propos de Christoph Eschenbach à la tête de l'Orchestre de Paris, vous risquez de vous demander ce qui m'arrive... En fait, je serai tout de même présent à ce concert à cause d'une "supercherie" (certainement involontaire) de la Salle Pleyel ayant vendu à ses abonnés la prestation de... Thomas Hampson sur les lieder. Ayant les places, je m'y rendrai. Une 5ème de Mahler de plus !
Masaaki Suzuki poursuit son intégrale des cantates de JS Bach, avec le Bach Collegium Japan, en respectant scrupuleusement l'ordre chronologique. Le volume 40 est consacré à quatre cantates écrites sur la seconde moitié de 1725. Il faut surtout retenir de cette édition deux cantates qui puisent leurs sources littéraires dans le même texte, à savoir l'Offrande d'offices évangéliques (Evangelisches Andachtsopfer) de Salomon Frank.
Ces deux cantates (Tue Rechnung ! Donnerwort, BWV 168 et Ihr, die ihr euch von Christo nennet, BWV 164) ont une forme assez atypique par rapport aux cantates chorales classiques écrites par le cantor. Toutes deux démarrent par une aria introductive, la partie chorale étant simplement conclusive. La première s'appuie sur un texte qui évoque la parabole de l'intendant infidèle qui, risquant de se faire congédier par son maître, tente de se faire adopter par les débiteurs de ce dernier. Salomon Frank associe les chrétiens avec l'intendant, ces derniers se retournant vers Jésus, le "garant qui efface toutes les dettes". Une tension assez forte s'installe dès l'aria d'introduction à la basse sous l'expression "Tue Rechnung !" (maudit calcul) qui claque comme un fouet avec un accompagnement orchestral mouvementé. Cette cantate est placée de bout en bout sous le signe d'une grande expressivité et d'une certaine turbulence.
Avec la cantate BWV 164, c'est tout le contraire qui nous est proposé. Avec sa direction limpide et délicate, Masaaki Suzuki déploie tout son art d'une poétique singulière et très prenante. Je trouve que seul le chef japonais est capable d'atteindre un tel niveau de transcendance grâce à une pureté de la ligne exemplaire et qui révèle toute la puissance de l'écriture de JS Bach. Cette cantate est placée sous le signe de la miséricorde du chrétien. Sans excès de pathos, elle est placée sous le signe d'un profond recueillement. L'aria d'introduction du ténor est certes animée, avec des violons placés sous une certaine tension. Mais ensuite, l'aria pour alto déploie un climat plus apaisé, avec des harmonies aériennes, éthérées.
Les deux autres cantates BWV 137 et 79, sont des cantates chorales plus classiques, assez solennelles et déployant une réelle ampleur.
Le quatuor de chanteurs, souvent utilisé par Masaaki Suzuki, s'avère de qualité plus constante dans ce volume 40. Robin Blaze, par exemple, est bien meilleur que sur les volumes précédents, notamment dans la superbe aria "Nur durch Lieb und durch Erbarmen" de la cantate BWV 164. A noter également deux duos pour soprano et basse (avec la contribution de Peter Kooij à la basse, fidèle des fidèles, ainsi que de Yukari Nonoshita comme soprano) : "Herz, zerreiss des Mammons Kette" de la cantate BWV 168 et "Gott, ach Gott, verlass die Deinen" de la cantate BWV 79.
Bach - Pièces pour Luth: Paul O'Dette - Label Harmonia Mundi Les phrasés sont d'un naturel étonnant, le son d'une belle plénitude et la rythmique propre à la musique de Bach parfaitement maîtrisée. Paul O'Dette restitue avec son luth une polyphonie assez colorée et riche et nous permet d'apprécier avec une exactitude impressionnante la richesse harmonique de ces oeuvres. Ne vous attendez pas à un luth méditatif et précieux mais au contraire à un jeu résolu, volontaire mais dont la précision technique nous permet de saisir toutes les subtilités des motifs déployés par la musique du maître de Leipzig.
Bach JS - Concertos Pour Clavecin Bwv1052, 1055, 1056 & 1058: Ensemble Stradivaria - Direction Daniel Cuiller - Clavecin, Betrand Cuilller On peut enfin écouter un clavecin qui n'est pas écrasé par la masse orchestrale, et, surtout, on a affaire ici à des musiciens qui montrent un degré de cohérence et une unité assez rare pour être soulignée. Le jeu de Bertrand Cuiller, alerte et léger, fait pétiller son clavecin. Il nous délivre des sonorités fines comme de la dentelle, tout en conservant un certain mordant, une vivacité toute contrôlée. En effet, il ne faut pas se méprendre pour autant. Cette version imprime d'emblée, sur chaque concerto, une certaine tension de la ligne qui ne se relâche jamais.
Bach JS - Le Clavier bien tempéré - Livre I: Rosalyn Tureck Tureck nous dévoile ces pièces avec une intelligence, une précision rythmique et une expressivité inouïes. Elle exerce une forme de magnétisme, révélant toute la puissance de l'écriture harmonique de chacun des préludes et des fugues associées. Le Livre II est également édité par BBC Legends.
Bach JS - Sonates et prtitas pour violon seul: Viktoria Mullova, violon, label Onyx Viktoria Mullova cisèle sans exagération les motifs avec une délicatesse merveilleuse tout en ne déviant jamais de la ligne directrice. Elle inscrit ces pièces sous le signe de la danse (elle nous rappelle ainsi, en passant, la dénomination des mouvements des sonates et partitas...), en maintenant une certaine vigueur rythmique mais sans aucun excès, sans agressivité. Les ornementations et trilles sont d'une clarté impressionnante. On a souvent reproché à Viktoria Mullova une certaine froideur. Ce n'est absolument pas le cas ici tant son engagement est réel.
Bach JS - Sonates pour violon et clavecin: Viktoria Mullova - Ottavio Dantone Sur ces pièces superbes, la connivence des interprètes est évidente. C'est une sorte d'insouciance ou de nonchalance, presque jouissive qu'il nous est permis d'écouter. Viktoria Mullova a considérablement mûri son jeu et sa technique époustouflante vient complètement servir là encore un naturel saisissant
Bach JS - Suites pour violoncelle: Anner Bylsma Rien que pour le son unique du Stradivarius "Servais" emprunté par Bylsma, cet enregistrement est exemplaire. Ce violoncelle a une âme tendre et un timbre qui touche profondément.
Bach JS : Partitas N° 1, 5 & 6: Murray Perahia, piano Murray Perahia révèle ces partitas sous un autre jour, sous le signe d'une sérénité et d'une hauteur de vue impressionnantes. Son toucher charnu, la plénitude sonore de son Steinway se trouvent entièrement dévoués au déploiement majestueux de la polyphonie de ces partitas, sans aucun travers, aucune faute de goût, et qui pourraient constituer les pièges typiques des interprétations sur piano moderne. A la dureté d'un travail qui serait par trop rhétorique et contraint par une approche "claveciniste", Murray Perahia oppose la respiration, l'ampleur et le rendu de nuances que permet le piano.
Beethoven - Symphonie n°6 (live 1983): Carlos Kleiber - Bayerisches Staatsorchester Il fallait être dans la salle ce soir de 1983... Carlos Kleiber embarque son orchestre dans une véritable tempête, un souffle quasi-diabolique et un tempo incroyablement rapide. Tout ceci n'est pas bâclé pour autant... Au contraire, il extirpe de cette "Pastorale" tous les ressorts propres à la virilité, la force beethovénienne
Brahms - 3ème Quatuor - Quintette pour clarinette: Pascal Moraguès - Quatuor Talich Version de référence avec, à l'époque, le jeune Pascal Moraguès et le mythique Quatuor Talich. Mélange parfaitement équilibré de vigueur et de lyrisme au service de la puissante écriture de Brahms sur ce chef d'oeuvre qu'est le quintette pour clarinette.
Chopin - Nocturnes (intégrale), Berceuse: Pascal Amoyel Petit miracle que ce disque de Pascal Amoyel qui nous délivre une lecture très attachante, limpide, évidente et d'une grande richesse narrative de ces sublimes pièces de Chopin
Haendel GF - Six Suites Pour Clavier: Racha Arodaky, piano - label Air Note Racha Arodaky fait partie de ces rares pianistes qui apportent un soin particulier à la cohérence narrative de leurs enregistrements. Son intention est que ses interprétations dépassent la prouesse technique pour tenter de démontrer que la musique baroque, avant le monde classique et romantique, s'attachait elle aussi à révéler les tourments de l'âme humaine. Comme pour son Scarlatti, elle démontre de façon admirable comment le contrepoint de Haendel, aussi conforme soit-il à la rhétorique, peut comprendre une petite part de folie. Cet entrelacement complexe des voix fait que la frontière avec l'improvisation devient particulièrement floue.
Haydn - Sonates pour piano Nos 40, 44, 48 & 52: Sviatoslav Richter Tout comme avec ses quatuors, Joseph Haydn préfigure d'une façon parfois fulgurante les grandes compositions romantiques. Le cas le plus marquant est la filiation évidente, dès les toutes premières mesures, de l'Allegro de cette sonate avec les compositions pour piano de Beethoven. Version impériale, résolue et d'une élégance rare de Sviatoslav Richter.
Liszt - sélection de pièces pour piano: Arcadi Volodos Ce qu'Arcadi Volodos nous restitue est vraiment à couper le souffle. Plénitude du son, infinie variété des nuances, aisance phénoménale, amplitude, flamboyance : toute la puissance et le foisonnement de l'écriture de Liszt sont bien là.
Matteis Nicola - False consonances of Melancholy: Ensemble Gli Incognito - direction Amandine Beyer (violoniste) - label Zig Zag Territoires La musique de Nicola Mattei est attachante, sensuelle, avec, pour reprendre les termes mêmes d'Amandine Beyer, quelque chose "d'impalpable" qui fascine. Amandine Beyer traduit avec une finesse certaine, et beaucoup de musicalité, les différentes formes des nombreuses pièces interprétées. Amandine Beyer est tombée sous le charme de ce compositeur et c'est plus que palpable sur chacune des pistes de ce disque. Son enthousiasme et son plaisir indéniables à interpréter ces pièces sont plus que communicatifs.
Mozart - Quatuors A Cordes K421, K458 "La Chasse", K465 "Les Dissonances": Quatuor Pražák Les Pražák apportent tout ce que l'on attend de ces quatuors : la vivacité, la respiration, une pointe de "cantabile" et surtout la spontaneité. Grâce à cela, toutes les audaces harmoniques, le jeu qui s'instaure entre les différents instruments prennent un relief singulier.
Rameau - Pièces pour clavier: Marcelle Meyer (piano) Glenn Gould n'a rien inventé. Marcelle Meyer a ouvert la voie d'interprétation pianistique des pièces originairement composées pour clavecin, que ce soit Couperin ou ici Rameau. L'un des ressorts de cette interprétation très inspirée est la capacité de cette interprète à restituer au clavier d'un piano moderne les ornementations avec vivacité et légèreté. Son jeu est assez timbré mais il conserve une finesse, un douceur étonnantes avec un interprétation des mordants et trilles propres à ce répertoire qui semble irréelle sur ce type d'instrument.
Rossi Michelangelo - La Poesia Cromatica: Ensemble Huelgas - direction Paul Van Nevel - label Deutsche Harmonia Mundi A ce titre, ces madrigaux, tous splendides, prennent un caractère intemporel, révèlent une magnificence qui retient systématiquement l'attention. Certaines associations audacieuses d'accords, la volonté de ne pas se laisser emprisonner par une seule tonalité lors du déroulement d'un madrigal, des changements parfois brusques de rythme, l'art savant de l'articulation des motifs musicaux par rapport au texte, tout cela fait partie de l'univers maniériste de Michelangelo Rossi.
Scarlatti, Domenico - Sonates pour clavier: Racha Arodaky, piano La sélection de l'interprète fait la part belle aux sonates lentes dont certaines ont une sorte de douceur contemplative. Avec un jeu gracile, et une grande finesse de toucher, Racha Arodaky donne à ces sonates de splendides couleurs et instaure un climat intime très convaincant. Son piano révèle un son ample qui sert parfaitement la richesse harmonique de ces sonates.
Anne Sofie von Otter chante Offenbach Avec un phrasé parfait et un beau sens de l'humour, Anne Sofie von Otter ne perd rien de sa sensualité exquise, même sur les airs d'Offenbach les plus impertinents.
Matthias Goerne - Arias Occasion de découvrir l'étendue du registre de ce baryton au timbre profond, velouté et à l'expressivité hors du commun. Une des voix actuelles les plus fascinantes.
Measha Brueggergosman- Surprise ! - Airs de William Bolcom, Arnold Schoenberg et Erik Satie Le tempérament de cette jeune chanteuse est vraiment formidable, la plasticité de sa voix extraordinaire avec une tessiture digne des plus grandes chanteuses de Jazz. Elle démontre dans ce disque une vraie musicalité en déployant une voix très timbrée, chaude et expressive.
Les commentaires récents