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31 juillet 2008

Oeuvres orchestrales de Vincent d'Indy : l'ivresse des grands espaces

Si vous recherchez une musique orchestrale rappelant, avec une petite touche française tout de même, l'univers mystérieux et envoutant que peuvent restituer les grands compositeurs germaniques de la fin du XIXème siècle, ce premier volume consacré aux oeuvres orchestrales de Vincent d'Indy devrait vous combler.

D'Indy La Forêt enchantée Ce compositeur fait l'objet de nombreux enregistrements récents est on ne peut que s'en réjouir. Il a, semble-t-il, trop longtemps vécu dans l'ombre de Debussy. D'Indy offre une synthèse intéressante entre les grands élans wagnériens ou brucknériens avec les dynamiques saisissantes des grands masses orchestrales et la poésie, l'étrangeté de l'univers debussien, avec ses évocations permanentes aux divers sons de la nature.

Les trois oeuvres admirablement restituées par l'Orchestre Symphonique d'Islande, sous la direction de Rumon Gamba, plongent l'auditeur dans un univers aux couleurs intenses et aux contrastes saisissants.

C'est particulièrement vrai pour la Forêt enchantée et un Jour d'été à la montagne.

L'écriture de Vincent d'Indy, d'une facture finalement assez classique, évoque le monde pictural des pointillistes et des fauvistes. Il va au delà du pur impressionnisme, atteignant parfois une forme de saturation des impressions sonores au même titre que les peintres post-impressionnistes qui parviennent à une saturation des couleurs.

La qualité d'enregistrement de ce disque est également remarquable. J'ai opté pour le téléchargement sur mon Ipod et même les morceaux médiocrement compressés par la plate-forme de téléchargement iTunes me permettent de goûter aux splendides nuances de l'orchestre et à sa belle dynamique. Un exploit !

Disque à emporter avec vous cet été avec un baladeur, au sommet d'une montagne, soit à l'aube, soit au crépuscule. Si possible un lecteur CD et non un baladeur "mp truc" (destructeur de dynamique et aplatisseur de nuances).

Lien direct vers le site Quobuz pour des détails intéressants sur ce disque et la possibilité de le télécharger.

Vincent d'Indy - La Forêt enchantée - Jour d'été à la montagne - Souvenirs - Orchestre Symphonique d'Islande - Direction Rumon Gamba - label Chandos Records.

28 juillet 2008

Morceau choisi N°16 : My foolish heart - Bill Evans

J'initie avec ce N°16 l'introduction de standards de Jazz et interprètes qui m'ont le plus touché.

J'espère que vous partagerez les mêmes émotions.

Je commence par celui qui m'aura toujours le plus marqué : le pianiste Bill Evans, avec cette version d'une de ses plus belles interprétations de "My foolish heart" (chanson écrite par Victor Young et Ned Washington) et tirée du site youtube. Le son n'est pas terrible mais la densité du jeu de cet immense pianiste est bien là. Version avec Chuck Israel à la contrebasse et Larry Bunker à la batterie.

24 juillet 2008

Lamentations de la Renaissance

Le label Harmonia Mundi a eu l'excellente idée de rééditer, sous forme d'un très beau coffret, un recueil de quatre pièces polyphoniques, toutes dédiées aux Lamentations du prophète Jérémie. Ce poème biblique a inspiré de nombreux compositeurs de la Renaissance au Baroque (notamment Couperin avec ses Leçons des Ténèbres).

Quatre compositeurs sont donc interprétés par l'excellent Huelgas-Ensemble, sous la direction de Paul Van Nevel. J'avais déjà évoqué dans la note du 3 janvier 2008, le magnifique album qu'a sorti le même ensemble fin 2007 (la Quinta Essentia). Ces deux disques confirment à quel point cette formation vocale est certainement l'une des toutes meilleures sur ce répertoire. Ils ont une précision aussi fine et acérée que celles des chanteurs polyphoniques britanniques mais je retrouve plus de plasticité, moins de raideur et des voix sur des registres magnifiquement étalonnés.

Lamentations Renaissance Cette réédition m'a permis de découvrir une composition de Tiburtio Massaino, moine augustin, et dont la tonalité générale est d'une incroyable sérénité (alors qu'il s'agit, rappelons-le, d'une Lamentation). Ce compositeur recherche avant tout une certaine simplicité, un certain dépouillement. La Lamentation qui nous est restituée est à ce titre assez touchante.

Elle est suivie par un motet sur le même thème de Robert White. On y retrouve les richesses harmoniques très concentrées, resserrées du compositeur britannique. L'impression générale est donc celle d'une certaine rectitude, une forme d'austérité un peu distante.

Ce disque permet également de découvrir une version surprenante de ces Lamentations par Marbrianus de Orto, compositeur franco-flamand, axant sa composition sur des voix graves et imprimant, avec l'accompagnement instrumental, une solennité presque théâtrale.

Enfin, ce parcours se termine avec une superbe version de Roland de Lassus où l'on retrouve les couleurs, les audaces harmoniques et rythmiques propres à se compositeur.

Disque splendide et de très haute tenue avec une notice assortie de très belles reproductions de peintures de la Renaissance.

Lien direct vers plus de détails sur le site d'Harmonia Mundi avec possibilité d'écouter un extrait.

J'ai découvert qu'également l'intégralité de ces Lamentations de Jérémie composées de Roland de Lassus et interprétées par le même ensemble vocal peut être écoutée sur Youtube (!). La qualité n'égale bien entendu pas celle du disque (heureusement pour les ayant-droits...).

Lamentations de la Renaissance - Huelgas-Ensemble - Direction Paul Van Nevel - Label Harmonia Mundi.

20 juillet 2008

Sonates pour violon de Tartini : l'alternative italienne

Le label Zig Zag Territoires continue à nous émerveiller et nous faire découvrir des pièces en dehors des sentiers battus avec un soin particulier porté à la qualité de l'interprétation et de l'enregistrement.

C'est le cas du disque consacré aux sonates pour violon de Giuseppe Tartini, interprétées par la violoniste italienne Chiara Banchini. Ces sonates sont ponctuées de quelques "canzonettas", chantées a cappella par la soprano Patricia Bovi et rappelant le chant des gondoliers vénitiens.

Tartini sonates violon Ces sonates pour violon apportent une alternative intéressante aux fameuses sonates et partitas de JS Bach. Elles aussi guidées par la recherche d'une ligne pure et abstraite, elles ne peuvent toutefois dissimuler leurs racines méditerranéennes. Certaines d'entre elles déploient un chant presque charnel, et s'assimilent quasiment à une voix chantante et lumineuse. L'interprétation très dépouillée, sans afféterie de Chiara Banchini y est pour beaucoup. Le son chaleureux de son violon, couplé avec une interprétation très simple, humble, spontanée, rendent ces sonates assez touchantes. De cette interprétation se dégage une poésie certaine. Les chants a cappella contribuent à renforcer cette impression de voyage en dehors du temps.

Disque très intéressant et finalement assez touchant.

Lien direct vers le site Zig Zag Territoires pour plus de précisions.

Sonates pour violon de Tartini - Chiara Banchini  / violon - chants : Patricia Bovi  - label Zig Zag Territoires.

17 juillet 2008

A nouveau le Festival de Verbier sur Medici.tv

Festival verbier 2008 Pour la deuxième année consécutive, le site medici.tv propose la diffusion de concerts du Festival de Verbier, du 18 juillet (demain) au 3 août.

J'ai l'impression que depuis ma dernière connexion le site a été optimisé. L'accès aux vidéos est beaucoup plus fluide (moins de connexions également ?).

14 juillet 2008

Où sont les agents doubles ?

Couv Diapason juillet 2008 Un autre blog avait, je crois, déjà souligné ce point. A savoir, la copie presque conforme des couvertures entre deux des trois magazines mensuels français dédiés à la musique classique : Diapason, Classica et le Monde de la Musique. Pour le N° de juillet / août, c'est plus que probant. Diapason et Classica font leur couverture sur le piano et les "pianistes" de légende. A ma connaissance, aucun anniversaire particulier ne justifie une telle concomitance au niveau des unes !

Bien entendu, ce type d'exercice consistant notamment à sélectionner un top 20 ou top 30 des plus grands pianistes de tous les temps conduit inévitablement le lecteur à constater qu'un de ses pianistes préférés... n'y figure pas. Exemple : quid de Martha Argerich, Murray Perahia, Kristian Zimerman ? C'est vrai qu'ils ont le gros handicap d'être... encore vivants.

Où donc sont les agents doubles au sien de ces rédactions ? Et vive la pluralité de la presse. Au fait, pendant qu'on y est, quel est Couv Classica juillet 2008 votre podium des 3 plus grands (allez, c'est l'été, on peut se lâcher un peu dans ces classements un peu "futiles"...).

Pour moi, ce sera : Claudio Arrau, Arturo Benedetti Michelangeli et Wilhelm Backhaus... Et puis tiens, je triche en ajoutant Martha Argerich ex aequo avec Maurizio Pollini, histoire de ne pas sombrer dans le rappel aux morts. Sinon, je suis aussi un grand fan de Marcelle Meyer, Whilhelm Kempff, Clara Haskil, Emil Guilels, Jorge Bolet, Maria Joaro Pires, Murray Perahia, Vladimir Ashkenazy, Kristian Zimerman et l'atypique Friedrich Gulda... Bon, d'accord, j'arrête là la liste. A vous de jouer !

10 juillet 2008

Louise de Gustave Charpentier : sur les toits de Paris

La "petite montmartroise au coeur dormant"... Cette phrase, répétée souvent par Louise est une belle synthèse de cette oeuvre lyrique, pas vraiment opéra, plutôt "roman musical" comme se plaisait visiblement à la dénommer son compositeur (Gustave Charpentier).

Concert mardi 8 juillet à l'Opéra Bastille. La distribution ce soir là est la suivante : Mireille Delunsch (Louise), Jane Henschel (la mère), Gregory Kunde (Julien, l'amant poète), Alain Vernhes (le père). L'orchestre et les choeurs de l'Opéra de Paris sont sous la direction de Patrick Davin.

Je dois avouer que la seule vraie raison qui m'a poussé à réserver pour ce roman musical en quatre actes est le fait que ma fille ainée, en sa troisième année à la Maîtrise des Hauts-de-Seine (choeur d'enfants de l'Opéra de Paris), se produisait dans les choeurs au 3ème acte (la fête sur la butte Montmartre).

Métro de paris Sur une durée totale de près de trois heures, avec une intrigue somme toute assez banale, Gustave Charpentier a construit une oeuvre complètement dans la lignée du naturalisme. En plus du thème inévitable de la lutte des classes (finalement traité de façon assez marginale) c'est surtout l'apologie de l'amour libre qui transparait. Ce qui devait être une vraie subversion à l'époque apparaît à nos yeux comme une griserie un peu gentillette, presque naïve. L'amour certes sincère, mais étouffant, possessif et égoïste des parents de Louise constitue également la clé des tourments, du dilemme qui vont bouleverser la pauvre Louise. Cette dernière ne résistera pas à l'appel de Paris, de la liberté et de la jouissance au grand désespoir de son père (scène la plus marquante au dernier acte).

La composition de cette oeuvre s'est faite visiblement sous une double influence : Wagner, avec une écriture structurée de façon plus récitative que chantante, sans véritable aria ainsi que Massenet, avec une tradition française intégrant une belle dose de sensualité et de légèreté. Je trouve toutefois que par rapport à un Debussy avec Pelléas ou bien un Duparc, Gustave Charpentier est bien moins brillant dans la maîtrise de la prosodie. La fluidité de la musique ne s'intègre pas vraiment avec cette sorte de continuum qu'est le phrasé du français, privé d'accents toniques. Les prolongations artificielles de syllabes pour tenir la note sont souvent appuyées et je trouve que la ligne mélodique ne s'articule pa correctement avec le texte.

La production de Bastille est assez prenante, les décors fascinants (notamment la reconstitution de la station Montmartre du Métropolitain). L'ambiance nostalgique du vieux Paris est retranscrite sans travers et sans caricature.

Au niveau des chanteurs, je reste partiellement mitigé. Mireille Delunsch d'abord, encensée en permanence par la presse, présenté comme LA diva française, ne m'a pas pas du tout convaincu (petite forme ce soir là ?). Le timbre d'abord, que je trouve d'une dureté assez marquée, surtout sur les aigus. Ensuite le phrasé, l'articulation, pas vraiment au rendez-vous. La mère, campée par Jane Henschel, manque de souffle et est trop souvent couverte par l'orchestre, même si sa présence mélange subtilement la terreur et l'amour. Seuls le Julien de Gregory Kunde et, surtout le père d'Alain Vernhes sont convaincants. Ce dernier, avec sa voix profonde et bien timbrée de baryton nous captive littéralement par sa présence et la justesse de son interprétation.

Beau spectacle tout de même, pas forcément facile musicalement, avec une mise en scène prenante ne tombant pas dans les excès délirants qui sont visiblement de mise dans beaucoup de spectacles lyriques actuels.

Peut-on supporter une telle oeuvre uniquement au disque ? J'en doute fort...

07 juillet 2008

Deux concerts en juillet et deux en août

Je propose un tir groupé juillet / août pour cet été :

Summer 1 Juillet : TCE le 9 juillet : Kurt Masur dirige l'ONF sur la 7ème symphonie de Beethoven couplée avec le concerto pour piano N°5 l'Empereur avec Nelson Freire au clavier. L'un des derniers concerts avant que le chef allemand ne quitte la direction musicale de l'ONF - Festival de Beaune le 26 juillet : Orphée et Eurydice de Gluck sous la direction de l'excellent jeune chef Jérémie Rohrer à la tête de l'Orchestre du Cercle de L'harmonie. Très belle distribution vocale également.

Août : Festival de la Roque d'Anthéron mecredi 6 août - récital de Piano d'Arcadi Volodos - Festival de Sablé samedi 23 août : programme Monteverdi, Schütz, Gabrieli - la Chapelle Rhénane, Direction Benoît Haller.

Je n'ai pour ma part réservé aucun de ces concerts mais cela aurait été mon choix.

Nb : le programme du Festival de Sablé cette année semble vraiment passionnant.

04 juillet 2008

Estampies et danses royales : l'empreinte orientale

L'un des derniers disques de l'ensemble Hespèrion XXI sous la Direction de Jordi Savall, met en évidence la singularité de la musique de la Cour Royale de France, à la frontière des XIIIème et XIVème siècles.

Jordi Savall et ses musiciens ont pris le parti d'alterner des danses, estampies de compositeurs anonymes avec des chansons de compositeurs attitrés du XIIIème siècle (comme Raimbaut de Vaqueiras).

Estampies Danses Royales L'intérêt de ce disque réside dans le climat singulier révélé par l'interprétation de ces oeuvres. On y ressent très nettement une influence orientale, tout au long des différentes pièces. Plus qu'une touche médiévale, ce sont des couleurs méditerranéennes et mosarabes qui ressortent, avec des instruments dont les timbres sont typiques (ex : le psalterium ou psalterion) et, surtout, une rythmique renforcée par des percussions contribuant fortement à "l'exotisme" de ce répertoire.

Jordi Savall souligne que l'interprétation exacte de ces estampies et danses royales se transmettait par tradition orale et que le peu d'indications manuscrites qui sont parvenues jusqu'à reposent sur un système de notation musicale très sommaire. Jordi Savall et ses musiciens ont donc pris un certain nombre d'options (instrumentation, phrasés, tempos, structures rythmiques) qui sont forcément subjectives et nul de peut juger leur conformité avec les interprétations de l'époque.

La singularité de ces pièces réside également dans la sonorité, les timbres très typés de certains instruments propres à la période médiévale. La sonorité dominante est portée par les les vièles à cordes, les vielles à roue, les rebabs ou les chalemies.

Des 15 estampies et danses interprétées, je trouve que la 2ème Danse (plage 10) est la plus fascinante. Introduite par une ceterina d'amore, elle est vite ponctuée par la percussion pour introduire très vite un psalterium et un dulcimer qui font écho note par note à la ceterina. Cette musique vraiment envoutante s'inscrit complètement dans la tradition des musiques à structure circulaire, où l'on imagine des danseurs tournant sur eux-mêmes de façon enivrante tels des derviches tourneurs.

A découvrir pour explorer un monde musical à la fois familier et lointain.

Plus de détails sur le site classicnews.com et sur le site du label AliaVox.

Estampies et danses royales -  Hespèrion XXI - Direction : Jordi Savall - label AliaVox.

01 juillet 2008

Morceau choisi N°15 : Soave sia il vento (Cosi fan tutte - WA Mozart)

Le trio vocal de Cosi fan tutte qui suit la marche militaire du départ des deux amants m'a toujours troublé. D'abord parce qu'il s'agit d'une des rares arias où Alfonso s'investit autant et, surtout, elle dégage une sérénité et une douceur surprenantes dans le contexte (les deux jeunes femmes se trouvent séparées brutalement de leurs amants).

La description suivante d'Annie Paradis dans son excellent livre Mozart, l'opéra réenchanté (éditions Fayard) résume parfaitement la singularité de ce magnifique air (p. 288) : "La barque n'est plus qu'un petit point sur l'horizon ; la brise s'est levée, caressante. Le clapotis des vagues berce le coeur meurtri, endort la douleur du départir. Alors, dans la quiétude du soir, un trio étonnant s'élève, andante, mi majeur, sur l'oscillation langoureuse des violons, et souhaite bon voyage aux fiancés : "Soave sia il vento", que doux soit le vent, tranquilles les ondes, que chaque élément réponde à notre désir (acte I, scène 6) [...]. Le déchirement des adieux trouve, semble-t-il, son apaisement dans cette tendre et voluptueuse mélodie. Pourtant sur le mot "désir", Mozart pose une dissonance qui s'étire avec langueur avant de trouver sa conclusion harmonique".

Ci-dessous, version donnée par Renée Fleming, Susan Graham et Thomas Hampson lors d'un gala. Je n'ai pas trouvé de meilleure version sur youtube.

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