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29 février 2008

Musique sacrée allemande du XVIIème siècle : un beau panorama

Le label Ricercar procède depuis quelques mois à de splendides rééditions, notamment sur le répertoire de la musique luthérienne allemande du XVIIème siècle. Ce dernier est passionnant car il révèle comment des compositeurs allemands ont été influencés par la seconde pratique de la musique sacrée italienne, initiée par Claudio Monteverdi et prolongée par des compositeurs comme Giovanni Gabrieli ou Stefano Landi. Je ne reviendrai pas sur cette influence sur des compositeurs comme Heinrich Schütz, déjà évoquée dans la note du 6 janvier 2007 et relative au très bel enregistrement du Magnifica d'Upppsala par l'ensemble de la Chapelle Rhénane (label K617).

Je voudrais plutôt évoquer ici les enregistrements en 2 CDs fait par les ensembles Ricercar Consort et la Fenice qui se sont rassemblés pour cette occasion (un CD intialement paru en 1981 et 1994, l'autre en 1998), sous la Direction de Philippe Pierlot, avec la collaboration d'excellents d'interprètes comme Max Van Edmond (basse), Agnès Mellon (soprano), Jean Tubéry (à la direction musicale également et surtout au cornet à bouquin).

Ce petit coffret est vraiment à se procurer car les pièces sacrées qu'il contient sont magnifiques et admirablement servies par des musiciens dont la finesse d'interprétation retient tout de suite l'attention.

Dans la liste des compositeurs, Henrich Schütz figure en compagnie de contemporains allemands moins connus mais dons les compositions sont très intéressantes.

Le permier CD est intégralement consacré à Samuel Scheidt. Il comprend une série de Cantiones Sacrae à plusieurs voix. Ces concerts sacrés s'inspirent directement des concerts italiens où l'objectif est de faire dialoguer les voix, les instruments à vents et les cordes dans un mode concertant, c'est-à-dire une forme de confrontation où chaque groupe oppose à l'autre ses ornementations et une série de passages d'une certaine virtuosité. Cette rhétorique sera largement reprise dans la musique luthérienne allemande, jusqu'à Dietrich Buxtehude, avec ses concerts spirituels qui ont largement influencé JS Bach (cf. note du 29 septembre 2007).

Samuel_scheidt_et_ses_contemporai_2La caractéristique principale des premières pièces écrites à cette époque est leur caractère assez ample puisqu'elles comprennent, pour la plupart, des choeurs jusqu'à huit voix. Il est intéressant de noter qu'une partie de ces voix sont les cornets à bouquin et les trombones dont la tessiture peut alller du soprano à la basse et qui concertent avec les voix en reprnant souvent leurs motifs en imitation. A cette époque, on assimile volontiers ces instruments à vents à des voix qui dialoguent avec celles des chanteurs.

Une des jaquettes du disque reprend d'ailleurs une gravure de l'époque montrant la répartition spatiale distincte des choeurs lorsque ces pièces étaient exécutées.

Le plus beau Concertus de ce CD est incontestablement le "Magnificat tribus choribus" à trois choeurs. Il est frappant de noter les similitudes stylistiques de cette oeuvre avec les motets italiens de la même époque. L'effet de mimétisme va jusqu'à littéralement rappeler étrangement certaines oeuvres. Par exemple , à partir du minutage 14':10", lorsque les deux ténors s'élancent on ne peut s'empêcher de penser au duo seraphim des Vêpres de la vierge de Monteverdi ! C'est quasiment une copie conforme.

La différence qu'apportent les compositeurs allemands, protestants luthériens, à ce mode concertant est une touche intimiste, où la grandeur divine subsiste mais avec une certaine proximité avec la conditions humaine. Les compositeurs italiens nous ont laissé quant à eux des oeuvres plus solaires, magnifiées où la l'élévation divine est plus théâtralisée.

Les autres Cantiones Sacrae sont également splendides que ce soit le psaume "Hodie completi sunt" avec un Alléluia final méditerranéen à souhait, l'impostant "Laudate Dominum in Sanctis" pour 6 voix et instruments ou l' "Angelus ad Pastores" pour 8 voix qui comprend une belle Symphonia.

Le second CD reprend des concerts spirituels d'Heinrich Schütz, mais aussi de cinq autres compositeurs allemands contemporains. J'ai surtout retenu, parmi des "Geistliche Konzerte" ceux de Johann Hermann Schein.

Je recommande chaudement ce coffret de deux disques.

Détail du coffret tiré du site du label Ricercar.

Extrait tiré du site du même label.

Samuel Scheidt et ses contemporains - Heinrich Schütz – Christoph Bernhardt – Johann-Rudolphe Ahle – Johann-Hermann Schein – Johann-Philippe Krieger - Prima Pars Concertuum Sacrorum  - Geistliche Konzerte - Ricercar Consort - La Fenice - Label Ricercar.

27 février 2008

Il faut dire la vérité aux instruments de musique

Petit clin d'oeil à Klari et Ben pour faire suite à leur débat sur ce blog à propos des flûtes à bec...
Cette vidéo est tirée du site Dailymotion et pose l'épineux problème de révéler à un instrument sa véritable identité (:-)).

25 février 2008

Gergiev enflamme le Philharmonique de Vienne

Concert jeudi 21 février au Théâtre des Champs-Elysées (TCE). Au programme : l'Orchestre Philharmonique de Vienne dirigé par le cef invité Valery Gergiev interprète l'Ouverture de la Force du Destin de Verdi, les Préludes, poème symphonique pour orchestre de Liszt, la 5ème symphonie en mi mineur opus 64 de Tchaikovski.

Une ambiance particulièrement électrique règne que TCE. Tout d'abord, fait inhabituel, la salle n'ouvre que très tardivement si bien qu'une foule impressionnante se trouve amassée devant le Théâtre vingt minutes avant le début du concert. Ce dernier fait salle comble. Rien d'étonnant quand un orchestre aussi mythique passe à Paris.

Valery Gergiev dirige régulièrement la prestigieuse phalange viennoise et on sent très nettement une belle complicité avec les musiciens de l'orchestre.

Gergiev_1_2Dès la Force du Destin, le chef russe imprime une tension phénoménale. On ne pourrait imaginer une telle version dans le cadre de l'interprétation complète du fameux opéra de Verdi, tant l'orchestre doit être déjà épuisé à la fin de l'ouverture. Les trompettes sont tonitruantes, les attaques d'archets particulièrement musclées et la masse orchestrale vous envahit comme une déferlante. Valery Gergiev embarque l'orchestre dans des accélarations fulgurantes. Le Philharmonique de Vienne révèle pleinement son empreinte sonore : timbres charnus, sonorités mates et denses. Vraiment fascinant.

Sur Les Préludes de Lizt, le chef joue toujours sur de forts contrastes mais dessine les motifs avec bien plus de fondu. Ce poème symphonique, dont le thème principal est célèbre, illustre bien le penchant du compositeur hongrois pour des harmonies complexes, les textures sonores denses, dont le romantisme exacerbé est à la limite du kitsch.

Après l'entracte, Valery Gergiev attaque la mythique 5ème symphonie de Tchaikovski.

Je ne peux m'empêcher de rappeler Mravinski qui, grâce à la rigueur métronomique exceptionnelle qu'il imprime, a donné, avec une version historique, une unité singulière à cette symphonie, en revenant également à une grand classicisme. Cela vous marque à tout jamais, si bien que, malgré la très haute tenue du concert de jeudi soir avec le Philharmonique de Vienne, on ne retrouve pas les mêmes sensations. A vouloir un peu trop décortiquer chaque mouvement, Valery Gergiev semble s'être laissé emprisonné dans cet immense kaleidoscope que peut constituer cette symphonie. Ce chef d'oeuvre est d'une complexité effarante. Même si le fameux thème martial et presque funèbre revient sans cesse sur chaque mouvement, Tchaikovski alterne des motifs très différents, avec des changements rythmiques fulgurants.

La version de Gergiev impose sa beauté sonore, les moments les plus fascinants sont les envolées les plus slaves, d'un lyrisme éclatant, servi par une perfection technique et la plasticité exemplaire du Philharmonique de Vienne. Le mouvement le plus réussi est indéniablement le Finale. Par rapport à la 6ème de Tchaikovski dirigée par Ozawa à Pleyel il y a quelques semaines (cf. note du poisson rêveur) guidée par une vision où la tendresse et la fluidité l'emportaient sur la noirceur, le chef russe entre bien mieux dans le tourment, un pathos certain mais sans mièvrerie. Au contraire, il nous révèle presque une forme de folie meurtrière. Le chef a donc parfaitement révélé la fébrilité permanente de cette symphonie et sa structure quasiment en spirale qui fait que jamais, chaque mouvement, ne semble vouloir se résoudre.

Après des applaudissements très nourris et mérités, le chef interprète deux bis : deux valses de Josef Strauss : la fameuse Libellule et Ohne Sorgen. Le Philharmonique de Vienne s'auto-dirigeait, Valery Gergiev faisait semblant de suivre...

22 février 2008

Poisson en neige

Poisson_neige_2Le Poisson Rêveur part pour une semaine tremper ses nageoires dans... la neige. Il n'est pas certain que dans les cimes la carte 3G de son ordinateur portable puisse permettre d'attraper le site typepad pour éditer ses petites notes. Il vous demande d'avance de l'en excuser.

Bonnes vacances à celles et ceux qui en prennent également.

A très bientôt.

21 février 2008

Intégrale des cantates de JS Bach par Masaaki Suzuki : volume 36

Le 36ème volume de l'intégrale de Masaaki Suzuki permet de découvrir quatre cantates écrites en 1725 (le chef japonais constitue son intégrale en suivant le chronologie de composition de cet impressionnant corpus).

Le Bach Collegium Japan imprime à nouveau dans ce volume sa marque de fabrique : une interprétation soucieuse du respect du texte et d'un équilibre impressionnant. Comme pour les enregistrements précédents, la tension de la ligne n'est absolument pas synonyme de rigidité mais au contraire de révélation de la puissance de l'écriture du cantor. On est encore, dans ce 36ème enregistrement sidéré par la beauté, l'élévation divine suggérée par cette interprétation. Masaaki Suzuki réalise une sorte de synthèse idéale des options esthétiques engagées par ses prédécesseurs (Herreweghe, Koopman, Kuijken...) avec une ligne d'une grande clareté tout en injectant quelquefois un certain mordant.

Suzuki_bach_36_2 C'est tout à fait perceptible dans ce volume, et ce dès la Cantate BWV 42 ("Am abend aber desselbigen Sabbats"). Celle-ci démarre, contrairement à la plupart des cantates chorales de JS Bach, non pas par un choeur d'introduction, mais par une seplendide Sinfonia. De cette dernière, très enjouée, émane une splendide lumière et une énergie étonnante. Masaaki Suzuki l'interprète à vive allure mais avec une fluidité étonnante. On pourrait écouter en boucle cette Sinfonia, enivrante à souhait, très rythmée et dansante.

Autre caractéristique, une aria de plus de 13 minutes pour alto ("Wo zwei un drei versammlet sind"), accompagnée d'un hautbois, incarnation divine qui mène l'orchestre pour accompagner le chanteur.

La cantate BWV 103 tient également une place singulière. Le choeur d'introduction est introduit par une flûte piccolo, sorte de petit aiguillon qui fixe le tempo et impose d'emblée une grande nervosité avec sa sonorité pointue. Masaaki Suzuki, servi par Dan Laurin, flûtiste accompli, nous saisit encore par la pertinence du propos. Ce choeur est l'un des plus atypiques et des plus intéressants de l'intégrale des cantates de JS Bach. Un intermède surgit avec la basse, incarnant le Christ et déclamant son texte et rappelant nettement le climat des Passions écrites par JS Bach.

L'accompagnement virtuose de la flûte piccolo  se prolonge dans l'aria pour alto ("Kein Arzt ist ausser dir zufinden") où JS Bach confirme bien à quelle point son écriture pour la voix est instrumentale. L'alto et la flûte dialoguent avec une belle sérénité. Cette aria a indéniablement quelque chose de céleste.

La cantate BWV 108 déroge également à l'enchaînement formel des cantates chorales avec en introduction, non pas un choeur, mais une aria pour basse.

Enfin, le disque se termine avec la superbe cantate chorale BWV 6 dont le choeur d'introduction ("Bleib bei uns..."), est l'un des plus beaux de l'ensemble des cantes écrites par JS Bach.

Pour cet enregistrement, Masaaki compte toujours sur Yukari Nonoshita (soprano) et Robin Blaze (alto), réguliers, et dont la prestation est tout à fait correcte (Robin Blaze tiens bien sur la durée de l'aria de la cantate BWV 42). En revanche, je suis plus réservé sur James Gilchrist (ténor) et surtout Dominik Wörner (basse) que je trouve assez inégaux et pas toujours à l'aise avec les exigences des arias qu'ils doivent exécuter.

Ce volume 36 tient une place particulière dans l'intégrale de Massaki Suzuki, ne serait-ce que par le fait que ces cantates écrites en 1725 dérogent aux règles formelles de la plupart des autres cantates.

Intégrale des cantates de JS Bach - Volume 36 - Bach Collegium Japan - direction Masaaki Suzuki - Yukari Nonoshita (soprano),  Robin Blaze (alto), James Gilchrist (ténor), Dominik Wörner (basse) - label BIS.

18 février 2008

La touche aérienne d'Herreweghe sur Bruckner

Concert hier après-midi 17 février à Pleyel. Programme Mahler (Les "Rückert Lieder") et Bruckner (la 5ème symphonie en si bémol majeur). Philippe Herreweghe dirigeait l'Orchestre des Champs-Elysées. Le baryton allemand Christian Gerhaher interprétait les lieder de Mahler.

Herreweghe3_2Philippe Herreweghe et Christian Gerhaher ont d'emblée restitué, avec de très belles nuances, le climat envoutant de ces lieder. Philippe Herreweghe accompagne avec une finesse extrême les moindres inflexions de la voix du baryton et l'acoustique exceptionnelle de Pleyel permet de savourer toute la précision de cette direction musicale. La voix du baryton est bien posée, l'articulation parfaite. Le crescendo saisissant du fameux "Um Mitternacht" nous fait saisir tout le désespoir contenu dans ce lied. L'orchestre déploie des couleurs magnifiques qui compensent heureusement la morbidité de ces pièces. Le lied où l'accompagnement orchestral s'avère le plus chatoyant est bien le dernier, de toute beauté ("Ich bin der Welt abhanden bekommen"). Chrsitian Gerhaher confirme qu'il est un grand mahlérien, très respectueux du texte et dont le phrasé est parfaitement maîtrisé.

Sur la monumentale 5ème symphonie de Bruckner, Philippe Herreweghe confirme la caractèreGerhaher_1_6 ductile de la sonorité des instruments anciens. Comme je l'avais déjà souligné dans la note du 26 décembre 2006 et relative aux différents univers brucknériens (Wand, Harnoncourt, Celibidache...), Philippe Herreweghe apporte une touche aérienne et une souplesse qui constituent bien sa marque de fabrique (comme sur des oeuvres radicalement différentes comme les cantates de Bach). Par rapport à la 4ème ou la 7ème symphonie de Bruckner avec le même orchestre, Philippe Herreweghe a imprimé toutefois hier plus de mordant, et a imposé d'emblée une certaine tension de la ligne qui est indispensable sur cette symphonie. Car il est bien question ici de tension permanente, d'opposition incessante de climats, de tiraillements, de l'Adagio d'introduction au Finale.

Anton Bruckner était fasciné par le Requiem de Mozart. La direction finalement très XVIIIème siècle de Philippe Herreweghe (formation orchestrale plus réduite, instruments anciens) met en évidence de façon flagrante la parenté de l'un des thèmes principaux de la 5ème symphonie de Bruckner (dévoilé au milieu du premier mouvement et repris dès l'ouverture du Finale) avec le non moins saisissant Introitus du Requiem de Mozart.

Très belle version dans l'ensemble avec une haute tenue des différents instrumentistes (les quatre cors, cruciaux comme toujours chez Bruckner, Marcel Ponseele, hautboïste, fidèle des fidèles de Philippe Herreweghe, comme toujours sublime, surtout sur l'introduction de l'Adagio).

Très beau concert, enregistré pour France Musique.

15 février 2008

Musique publique ou musique privée ?

En réaction à la note d'Alain Duault dans le blog qu'il tient sur qobuz.com, et relatif à la suppression de la publicité sur les chaînes publiques, j'ai posté un commentaire, que je reprends ici sous forme de note, histoire d'ouvrir le débat.

Personne ne semble vraiment en mesure de dire quel est le bon modèle économique pour permettre à un plus grand nombre de développer son éducation musicale. Le vrai débat est en effet celui de l'éducation à l'écoute et l'appréciation de la musique et non pas celui d'une simple question de quota d'heures de diffusion du classique par rapport aux autres genres musicaux ou d'autres émissions.

Mire Je pense pour ma part que ce n'est pas forcément en diffusant plus de concerts ou d'opéras que l'accès du plus grand public à la musique sera mécaniquement développé. C'est certainement un mix de ces retransmissions mais aussi d'émissions mixant divertissement intelligent et pédagogie et surtout des reportages bien faits sur des compositeurs et interprètes pour mieux pénétrer cet univers et aider les auditeurs à le décrypter. Je suis persuadé que le coût de production d'une émission de Jean-François Zygel n’est pas supérieur à celui d'un "talk show" de divertissement racoleur (voire moindre, compte tenu de la proportion nettement inférieure de "peoples"dans les leçons de musique...).

Il y a encore malheureusement trop de personnes qui pensent que le classique est une discipline réservée à une élite, d'ailleurs vieillissante, et qui seule détient les clés pour comprendre une certaine rhétorique.

Les directeurs de chaîne et producteurs auront en outre certainement le courage de programmer des émissions musicales et des concerts à d'autres horaires qu'au delà de 23h quand, également, un cercle vertueux se développera autour de l'enseignement de la musique, de sa proximité au jour le jour. Notre tradition scolaire er universitaire française conduit déjà naturellement à aborder le répertoire classique de façon absolument pas spontanée, contrairement à des pays comme le Royaume Uni ou l'Allemagne où, déjà, la proportion d'enfants pratiquant un instrument de musique et / ou le chant choral est infiniment plus importante. Et pour cela, les médias de retransmission de la musique classique n'ont pas tous les leviers.

L'exemple de Qobuz, comme du développement inévitable des sites collaboratifs sur Internet vont sûrement faire que ce sujet devienne finalement au faux débat. Le temps que l'on monte le nouveau modèle économique entre chaînes publiques et chaînes privée, l'audience télévisuelle continuera certainement à décliner fortement et le plus jeune public aura, je l'espère, commencé sa petite révolution d'appropriation du classique via le net. C'est pourquoi, personnellement, je pense que les vrais enjeux sont au niveau de l'éducation scolaire et universitaire comme de l'environnement familial et associatif pour fournir un éveil structuré à la musique car, malheureusement, Internet tend un autre piège, celui d’un contenu d’autant plus pléthorique qu’il n’est pas naturellement organisé, hiérarchisé et, parfois, certifié.

12 février 2008

"So what ?" : un portrait de Friedrich Gulda

Deutsche Grammophon a sorti il y a quelque mois un excellent DVD qui brosse le portrait de Friedrich Gulda sous le titre principal de "So what".

Le titre fait référence à une interview de ce pianiste atypique, présentée dans le DVD, où ce dernier dit, dans l'autrichien le plus direct : d'aucuns qui ne veulent mettre des musiciens que dans des cases ne supportent pas que l'on ne puisse pas ne cataloguer uniquement dans la catégorie des musiciens classiques, ce à quoi je réponds "so what ?"

Gulda_so_what Friedrich Gulda était un musicien accompli, d'un talent hors du commun et qui a simplement refusé de rester cantonné au répertoire classique. Il était fasciné par le jazz et avoue avoir passé de nombreuses années à tenter de se hisser à un bon niveau sur ce répertoire. C'était un esprit ouvert, volontiers provocateur et iconoclaste qui a apporté une vraie fraîcheur dans le monde austère et codé du répertoire classique. Il était avide de découvrir sans cesse de nouveaux univers musicaux.

Je lui voue une profonde admiration car, sous une apparence fantasque et sous couvert d'une sorte de clownerie permanente, se cachait un homme d'une musicalité hors du commun.

Ne serait-ce que ce magnifique récital qu'il a donné en 1993 à Montpellier (cf. note du 19 septembre 2006 sur un double CD à se procurer absolument) montre à quel point il était un musicien exceptionnel.

Le DVD comprend ce reportage instructif "So what" de 2002 qui commence par cette anecdote ahurissante sur le communiqué que Gulda lance dans toutes les TV et radios d'Autriche annonçant... sa mort. Il regroupe également une série de concerts live. A noter une superbe interprétation de "der Wanderer" de Schubert et une très émouvante transcription de l'air de Sarastro pour piano, tiré de la Flûte Enchantée de Mozart.

Mozart, justement, je pense que Friedrich Gulda a été l'un de ses plus nobles et brillants serviteurs. Notre pianiste iconoclaste disait de son compatriote qu'il était, avec Jésus, l'un des plus grands bienfaiteurs de l'humanité (à méditer).

Ci-dessous, interprétation du 2ème mouvement du concerto en ré mineur K 466 pour piano de Mozart (le N°20) par Gulda, avec l'Orchestre Philharmonique de Munich (film tiré du site dailymotion). On pourrait croire que le pianiste fait un peu le singe en dirigeant l'orchestre. Je crois qu'il est simplement sincère et emporté par la grâce du génie salzbourgeois. Vive Mozart et vive Gulda !

Gulda - Mozart : Cto piano n°20 - 2/3
Vidéo envoyée par kst75m

10 février 2008

Diana Damrau : sacré tempérament

Tout comme le Jardin Baroque, je ne raffole pas de ces disques "récitals" que sortent actuellement les chanteurs lyriques à grand renfort de Marketing.

D'une façon générale, l'interprète en question aligne des arias qui n'ont d'autre vocation que d'éblouir le public à coup de vocalises, de façon souvent impersonnelle, sans forcément de ligne directrice. En outre, bon nombre de ces récitals en studio souffrent d'un manque flagrant de cohérence et de complicité entre le ou la soliste et l'orchestre.

Il y a toutefois quelques exceptions comme Cecilia Bartoli, pour laquelle ce type de disque résulte d'un vrai travail musical, d'une véritable démarche esthétique (cf . exemple le plus récent sur Maria Malibran).

Je viens de trouver une autre exception avec l'enregistrement éblouissant fait par la chanteuse allemande Diana Damrau avec Le Cercle de l'Harmonie sous la Direction de Jérémie Rhorer.

Cette soprano, véritable bête de scène, a un sacré tempérament. Je trouve que  c'est l'une des rares sopranos actuelles associant une agilité impressionnante de la voix avec une véritable incarnation de ses personnages, un engagement que l'on sent total.

Arie_di_bravura_diana_damrau_2Dans ce disque, elle réussit au moins deux exploits indéniables : rendre les arias de Salieri vivants et pétillants mais, surtout, incarner une des Reines de la Nuit de la Flûte enchantée de Mozart, les plus effrayantes qui soient. Elle aligne les deux fameux airs  ("O zittre nicht" et "Der Hölle Rache") avec une forme d'insolence. C'est la chanteuse qui m'a semblé la plus décomplexée par rapport à la monumentalité de ce rôle. Elle s'affranchit avec brio des obstacles techniques célèbres de ces airs et surtout, avec un phrasé extraordinaire, marque les accents de haines avec les bonnes intontations sur un texte germanique, qu'elle maîtrise nativement. Tout ceci donne enfin vie à cette femme diabolique. Enfin une Reine de la Nuit faite de chaire et de sang ! C'est prodigieux.

La voix est limpide, d'une agilité indéniable. Elle est capable de rendre de belles nuances. On peut ne pas forcément aimer un léger vibrato mais le timbre est suffisamment charnu pour que l'on tombe sous le charme.

A noter, une perle rare de ce disque à savoir l'aria "Ombra dolonte", tiré de l'opéra Il natale d'Apollo, de Vincenzo Righini. Avec une sensualité indéniable, la soprano chante en duo avec un hautbois qui apporte une touche de mélancolie certaine à ce superbe air qui s'égare dans les méandres des tonalités en mineur.

La réussite de ce disque est aussi largement attribuable au jeune et fougueux chef d'orchestre Jérémie Roher. Sa direction énergique et nerveuse n'est aucunement synonyme de raideur et confirme une maturité exceptionnelle. Je l'avais découvert au Festival de Beaune en 2006 (cf. note du 31 août 2006), où il avait donné un Idoménéé "démoniaque". C'est un vrai chef mozartien qui regroupe tous les ingrédients que l'on peut rechercher pour servir le génie salzbourgeois : fraîcheur, vivacité, sonorités riches mais aériennes, aucune dureté mais bien quelque chose de pétillant.

La complicité entre la chanteuse et le chef semble bien réelle. Ils sont tout à fait sur la même longueur d'onde.

Beau disque pour faire le plein d'énergie avant la fin de cet hiver.

Diana Damrau - Arie de Bravura - Mozart, Salieri, Righini - Le Cercle Harmonique - Direction Jérémie Rhorer - label Virgin Classics.

08 février 2008

Qobuz est né

Sous ce nom énigmatique se cache le lancement par le Groupe l'Express, via l'équipe de Classica, du site premier site à vocation éditoriale, collaborative et marchande (avec le téléchargement payant) et en grande partie consacré à la musique classique et au jazz (avec une touche "d'electronics").

Le site Qobuz apparaît dans sa version bêta mais on peut déjà :

  • télécharger des titres,
  • consulter les blogs d'éditorialistes (ex : André Tubeuf) ou de musiciens (ex : Hervé Niquet),
  • écouter une web radio qui passe en boucle des extraits de disques récents,
  • lires les éditoriaux et actualités de la rédaction présentés en ligne,
  • participer à des forums thématiques,
  • télécharger des podcasts,
  • consulter le sommaire de la revue Classica du mois en cours.

Le site propose également l'écoute comparée de certaines oeuvres (rubrique périodique de la revue Classica) sous forme de podcast audio. On revient en quelque sorte à "la tribune des critiques" mais enfin téléchargeable sur iPod !

La page "Qobuz life" propose des liens vers d'autres communautés d'intérêt (art, décoration, mode, design, voyages, cinéma...), sorte de rubrique "styles de vie" qui fait visiblement le lien vers des billets et articles thématiques tirés de la revue l'Express.

Qobuz_1_2 Je trouve ce concept très intéressant, dans la mesure où il fédère cinq grands usages des l'Internet que peuvent rechercher les mélomanes : le suivi de l'actualité musicale, le téléchargement de musique, les forums, l'écoute d'un web radio et l'ouverture vers d'autres univers culturels.

La web radio avec les extraits des disques est d'excellente qualité sonore.

Il suffit d'enregistrer son profil, de le "tagger" par rapport à des thèmes pour recevoir automatiquement des alertes. On peut alors participer aux forums et télécharger des tit