Jouer Jean-Sébastien Bach : rien ne sert d'être baroqueux
Deux enregistrements sortis à plus d'un an d'intervalle viennent à nouveau démontrer qu'il ne doit y avoir aucun dogme sur le thème de l'authenticité interprétative de la musique de JS Bach. D'entrée, j'écarterai le cas de Glenn Gould dont les options sont avant tout guidées par une lecture hyper pianistique.
Je veux simplement parler de musicalité. Cette dernière s'affranchit heureusement de toute rhétorique qui oppose la prétendue véracité des instruments anciens par rapport aux factures modernes ou bien de certains types de phrasés, considérés comme plus authentiques et bien plus dans l'esprit des compositeurs baroques.
J'avais déjà mentionné dans la note du 13 octobre 2006, le petit miracle opéré par Murray Perahia sur les concertos pour piano et orchestre de JS Bach. Ivresse, frénésie communicative, spontanéité sont bien là, tout en préservant en permanence un équilibre parfait, un toucher complètement maîtrisé. C'est tout. Et cela suffit pour nous révéler toute la puissance de l'écriture de ces concertos. Au diable les maniérismes, auto-satisfactions d'interprètes qui recherchent prétendument la vérité du son originel et qui finissent par oublier de... s'écouter.
Deux autres très belles réussites prennent également le contrepied de l'ascétisme des baroqueux les plus dogmatiques. La première est l'enregistrement de l'intégrale du Clavier bien tempéré par Vladimir Ashkenazy sur piano moderne. On oublie la touche détachée obsessionnelle et maladive de Glenn Gould ou le hiératisme intimidant de Gustav Leonhardt pour rejoindre, avec Rosalyn Tureck (cf. note du 15 novembre 2006) le club des musiciens inspirés, nobles et généreux dont les doigts se délient avec une conviction toute naturelle. Naturel, respiration, vie... C'est bien de cela dont on parle. Cette intégrale du grand Ashkenazy, éditée en février 2006, abordée après une carrière de plus de quarante ans, est une réussite exemplaire. Les 7ème et 8ème préludes et fugues (mi bémol majeur et ré dièse mineur) illustrent toute la densité du jeu de ce maître du piano. Possibilité d'écouter des extraits et d'acheter tout ou partie du coffret en ligne sur le site fnac.com.
Le deuxième exemple est très récent. Il s'agit de l'enregistrement des sonates pour violon et clavier fait par l'excellente violoniste Viktoria Mullova (qui compte parmi les violonistes interprètes de ma génération que j'admire le plus avec Vadim Repin) accompagnée de façon
exemplaire par le claveciniste Ottavio Dantone.
Cette fois c'est une sorte d'insouciance ou de nonchalance, presque jouissive qu'il nous est permis d'écouter. Deux musiciens parfaitement à l'écoute. Viktoria Mullova a considérablement mûri son jeu et sa technique époustouflante vient complètement servir là encore un naturel saisissant. Je n'ai pas encore écouté le coffret complet mais le peu que j'ai découvert est vraiment magnifique. Possibilité d'écouter des extraits et d'acheter tout ou partie du coffret en ligne sur le site fnac.com.
Rien ne sert donc de prétendre revenir aux fondamentaux interprétatifs et instrumentaux baroqueux pour émouvoir et transporter l'auditeur. Bien au contraire.
JS Bach - le Clavier bien tempéré - Vladimir Ashkenazy, piano - Label DECCA.
JS Bach - Sonates pour violon et clavier - Viktoria Mullova, violon / Ottavio Dantone, clavecin - Label Onyx Classics UK.












